Le trauma et le corps – Partie 1 :Théorie

Le traitement des traumatismes et de leurs séquelles est un enjeu important de nombreux suivis thérapeutiques. Ce livre propose une approche centrée sur les réactions corporelles et sur l’intégration d’un fonctionnement corps-esprit cohérent.

Développée aux Etats-Unis, la psychothérapie sensorimotrice se base sur une approche neuroscientifique des traumatismes à travers les mécanismes qu’ils créent dans le cerveau.

Cette lecture est édifiante et nécessite bien deux articles pour présenter les deux parties du livre concernant la théorie et le traitement.

La première partie du livre présente les bases théoriques ayant amené la création de cette approche sensorimotrice de la psychothérapie.

Le constat a été fait que les sujets traumatisés ont tendance à être ramené au cœur de la ou des situations traumatiques qu’ils n’ont pas pu élaborer, amenant à réagir à certains stimuli (odeur, son, image…) par des réponses irrationnelles.

Les études par neuro imagerie montrent que, chez ces patients, les émotions débordent empêchant la possibilité de reconnaître ce qu’ils ressentent. Cela crée des sensations de vide existentiel avec des réponses d’effondrement ou d’explosion dans des circonstances d’irritations mineures. Le principe de la thérapie sensorimotrice est donc de se concentrer sur les sensations dans le moment présent afin de les décrire, de les apprivoiser pour parvenir à les maîtriser.

L’auteure rappelle la structure hiérarchique du cerveau avec le cerveau reptilien qui gouverne l’homéostasie de l’organise, le cerveau limbique agissant comme médiateur de l’émotion et le néocortex permettant la conscience réflexive et la pensée conscientisée. Elle détaille deux modes de traitement cognitif, le traitement ascendant que l’on retrouve chez les enfants qui n’ont pas encore la capacité d’élaborer au sujet de ce qu’ils ressentent et le traitement descendant qui est le fondement d’une partie de l’activité des adultes. Or, chez les personnes ayant subi des traumatismes, c’est le traitement ascendant qui va prendre le pas, empêchant par la-même la rationalisation des évènements ou la possibilité de choisir sa réaction. Au lieu de se trouver dans une fenêtre de tolérance amenant à pouvoir élaborer et communiquer, le sujet peut se situer en situation d’hyperactivation avec des réponses de fuite ou de combat, ou en hypoactivation avec une réponse d’immobilisation, de figement.

La thérapie a ainsi pour objectif de permettre au patient de rester dans sa fenêtre de tolérance qu’il pourra élargir au fur et à mesure, à son rythme, sans plonger dans des réflexes qui lui sont néfastes. Une barrière à cet objectif est liée à la construction de l’attachement des patients, présentant pour beaucoup des modalités d’attachement insecure. Les échanges et la mise en sécurité du patient au sein des séances, ainsi qu’un travail autour de l’expérience de plaisir et de joie afin de légitimer les affects positifs, sont des pistes pour amener une évolution positive au niveau des enjeux relationnels.

Parmi les systèmes défensifs pouvant être activés chez les personnes traumatisés, revient celui de figement, souvent présents dans les situations d’abus chronique. L’auteure explique l’importance de reconnaitre cette tendance à la soumission comme un comportement défensif et non comme un accord conscient. Cette mécanique étant souvent utilisée par les abuseurs pour obtenir la docilité de leurs victimes.

Des éléments préconisés par l’approche sensorimotrice de la thérapie sont distillés dans cette première partie comme le travail autour de la fenêtre de tolérance, l’usage de la pleine conscience, l’interaction avec le patient pour s’assurer qu’il se sente en sécurité…

Tout cela sera détaillé dans la seconde partie consacrée au traitement du trauma.

Quand on te fait du mal

Voici une brochure pour éduquer les enfants à reconnaître la violence et ses conséquences diffusée par l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.

Les illustrations pertinentes, les textes courts et explicites expriment les essentiels à savoir autour de la reconnaissance des violences et de leurs conséquences.

Le site de l’association memoiretraumatique.org rassemble des contenus riches et précis pour prévenir les violences, les détecter, les surmonter et protéger les victimes.

On oublie souvent que le signalement est obligatoire si un enfant révèle des violences ou même si on pense qu’il est en danger. Cette brochure est une base essentielle pour aborder la notion de violences et comprendre les effets qu’elles peuvent avoir sur le psychisme d’un enfant, qui, sans aide, portera ces traumatismes toute sa vie.

Les aides existent, que ce soient des informations, des plateforme d’écoute, des professionnels formés, des cellules judiciaires… Ce court document, accessible dès l’âge de 3 ans grâce aux illustrations de Claude Ponti et aux textes de Muriel Saloma et Sokhna Fall, permet non seulement d’aborder ce sujet avec les enfants mais également d’éduquer les adultes sur les impacts des violences afin de leur permettre de les repérer et d’agir.

Un enfant est incapable d’identifier des violences subies, particulièrement si elles sont occasionnées par ses proches parents. Lorsqu’un adulte annonce un comportement comme normal, l’enfant ne peut que le croire, alors que certains actes qu’il subit sont interdits par la loi et punis en conséquence, avec des circonstances aggravantes lorsqu’ils sont commis par des parents.

Pour protéger les enfants, il appartient à tous les adultes de pouvoir reconnaître ce qui est souvent un secret bien caché. Les attitudes des enfants sont révélatrices de ce qu’ils vivent et leur observation peut permettre de repérer les signes : peur, cauchemars, isolement, explosions de colère, tristesse permanence, comportements à risque pour lui ou pour les autres…

La brochure aborde les impacts des souvenirs traumatiques et la nécessité d’un accompagnement pour pouvoir extérioriser ce qui est vécu est primordiale pour limiter leurs conséquences à l’âge adulte. Un document à lire, commenter, partager pour améliorer la prise en charge des violences, et pourquoi pas permettre de les réduire…

Accès à la brochure

Ces mères qui ne savent pas aimer

Un livre écrit pour décrypter le lien mère-fille et les traumatismes pouvant être causés par une mère mal aimante. Susan Forward présente cinq types de personnalités maternelles causant des dommages sur les petites filles qu’elles élèvent, dommages qui persistent dans leur vie d’adulte. A travers l’exemple de ses patientes, l’auteur donne des solutions pour s’extirper de ce lien complexe et s’autoriser à vivre sa vie sans la lourdeur des souffrances du passé.

Pour introduire son livre, la psychothérapeute Susan Forward place le décor en cassant le mythe d’une mère qui serait forcément aimante et bienveillante. La réalité de nombreuses personnes est malheureusement très différente de cette expérience idéalisée d’amour inconditionnel, d’écoute et d’empathie, de soutien et de sécurité. Et les difficultés d’établissement d’un lien affectif stable et serein se retrouvent dans le quotidien de nombreuses femmes adultes.

L’auteure présente cinq profil de ces mères qui n’ont pas su aimer leurs petites filles ainsi que l’impact que ces personnalités ont pu avoir sur la construction de l’adulte qu’elles sont devenues. Ainsi sont décrits les fonctionnements de la mère maladivement narcissique, la mère maladivement accaparante, la mère « control freak », des mères qui ont besoin d’être maternées et des mères qui négligent, trahissent et battent. Tout autant de profils qui ne sont pas en mesure d’apporter à leur enfant l’accompagnement dont ils ont besoin pour se construire correctement. Le discours de ce livre est celui d’une femme compréhensive et bienveillante qui a pour objectif de mettre à jour des dysfonctionnements occasionnant de la souffrance afin de trouver des voies de résolution. Elle sait que ses propos peuvent être douloureux et encourage les lectrices à progresser à leur rythme dans le livre et à se faire accompagner par un thérapeute dans le cas où les émotions soulevées seraient trop intenses.

Identifier des caractéristiques d’une mère mal-aimante est la première étape pour se reconstruire et l’auteure accompagne la suite du processus. A partir de son travail auprès de femmes, Susan Forward présente les étapes permettant de ne plus s’encombrer de ces comportements et des séquelles qu’ils ont laissé afin que ses patientes deviennent libres de s’émanciper et de vivre leur vie comme elles l’entendent. Le parcours est cependant difficile puisqu’il passe par l’acceptation des émotions douloureuses afin de surmonter colère et chagrin, de faire le deuil de cette mère qu’elles auraient aimé avoir et d’amorcer le changement permettant de se construire en tant qu’adulte.

Le travail thérapeutique mené par l’auteure avec ses patientes apporte beaucoup d’espoir sur les possibilités de se défaire des messages intérieurs induits par les manquements de ces mères par rapport aux besoins de leurs filles. Ces femmes traversent des épreuves difficiles, souffrent, et pourtant, elles parviennent à s’extirper d’un schéma toxique qu’elles ne reproduiront pas sur leurs propres enfants.

Je me pose maintenant la question de l’impact que ces types de mère peuvent avoir sur leurs petits garçons, en espérant trouver une prochaine lecture sur le sujet…

Guérir des blessures d’attachement

Un livre bien écrit, clair et par moment déstabilisant pour qui se reconnaîtra dans les blessures d’attachement décrites par l’auteure. La théorie de l’attachement de John Bowlby est ici analysée à travers les quatre styles d’attachement. Le premier, que l’on souhaiterait à tout le monde mais qui ne concerne que 50 à 60% de la population est l’attachement sécure, les trois autres sont catégorisés comme insécure. Il s’agit des attachements anxieux, évitant et désorganisé. Outre, le questionnaire permettant de se situer sur son style d’attachement, l’auteure propose de nombreuses pistes d’évolution afin de guider chacun vers un attachement sécure qui, s’il n’a pas été construit dans l’enfance, peut être acquis. 

Gwénaëlle Persiaux a un style d’écriture fluide et bienveillant. Elle entraîne le lecteur dans le coeur des problématiques d’attachement qui se construisent dans l’enfance et se maintiennent à l’âge adulte, entraînant souvent les personnes avec un attachement insecure vers des relations qui ne leur conviennent pas. Dès le début, l’auteure annonce que rien n’est figé, que réaliser quel est son mode d’attachement actuel n’est pas un couperet mais plutôt un premier pas vers une amélioration. Lorsqu’on se reconnaît dans l’un ou l’autre des propos de l’auteure ou des comportements adoptés dans le cadre de relation familiales, amicales ou amoureuses, cela peut secouer. Pour autant, ce livre est aidant, aussi bien pour comprendre les autres que pour se comprendre soi-même et les émotions qu’il peut susciter ne sont que des révélateurs d’une piste d’évolution, d’une marge de progression.

Pour chaque type d’attachement insécure, l’auteure explique la construction du profil depuis l’enfance puis l’illustre avant de présenter les fonctionnements des combinaisons de couples que l’on peut retrouver. Bien entendu, être en couple avec une personne sécure est une opportunité de progresser et de se défaire de ses problématiques d’attachement, mais tout le monde n’a pas cette chance. Et la meilleure évolution que l’on peut trouver est celle que l’on s’offre soi-même en faisant le pas vers un mieux-être, en acceptant de s’investir dans une psychothérapie, en testant des conseils.

Ainsi, l’attachement anxieux, dans lequel les personnes ont peur de l’abandon, de se retrouver seules peut tirer partie d’une recherche de ses propres ressources, de ses points forts, de ses objectifs personnels. L’attachement évitant d’une personne prônant l’indépendance et la débrouillardise peut améliorer la proximité avec elle-même et avec les autres en se reconnectant à son corps, en prenant le temps de ressentir, de laisser les émotions remonter à la surface. Quand à l’attachement désorganisé, qui mélange les deux précédents, il est souvent induit par des traumatismes qui nécessitent une prise en charge adaptée afin de les intégrer, non plus comme des émotions débordantes, mais comme des souvenirs, des passages difficiles que la personne a réussi à surmonter, malgré tout.

Enfin, les piliers qui sont valables pour tous, consistent à restaurer un narcissisme sain, amenant à une bonne estime de soi, sans tomber dans la supériorité ou l’égoïsme. Car, ce qui guérit, ce qui nourrit, ce qui satisfait, ce sont les relations que l’on entretient avec les autres. Il n’y a pas de meilleure manière d’interagir qu’en ayant un attachement sécure et s’il ne découle pas de l’enfance, on peut à tout moment entamer sa construction.    

Familles toxiques

La manipulation dans les relations est un sujet complexe. Ces comportements peuvent être difficiles à détecter et encore plus à révéler de par l’opposition de son auteur à reconnaître les faits. Ce livre au sujet des familles toxiques est très éclairant sur les différents comportements pouvant nous amener à nous sentir mal avec notre entourage, et plus cet entourage est proche, plus les conséquences peuvent être dévastatrices.

La question n’est pas de chercher un coupable ou de juger l’intentionnalité d’une personne, simplement de mettre en évidence des comportements qui peuvent nous nuire, de se connecter à ses sensations et de pouvoir poser les limites qui nous permettent de vivre sereinement nos relations.

L’auteur invite à nous demander quelles places occupent les personnes dans notre entourage, quels rôles elles jouent pour nous et s’il n’est pas souhaitable de faire évoluer les rapports que nous entretenons pour en tirer le meilleur. Notre responsabilité dans la relation, c’est d’agir avec justice et justesse envers les autres, mais surtout envers nous-même.

Le premier signe de toxicité est à chercher en soi en analysant dans quel état nous met la relation, est-ce qu’elle provoque des émotions négatives ou un changement d’état après avoir passé du temps avec cette personne ? Les comportements toxiques peuvent prendre différentes formes : jalousie, discours dévalorisant, infantilisation d’un sauveur, propos blessants justifiés par l’humour… et peuvent provoquer différents sentiments désagréables : frustration, amour/haine, colère, blocage, se sentir entravé, dépendant… Les relations toxiques produisent des effets parfois démesurés sur notre métabolisme : sentiment dépressif, apathie, tensions, irritabilité, réactions cutanées et toute la gamme des réactions psychosomatiques.

Chacun d’entre nous peut avoir tendance à développer de la toxicité. On peut la retourner contre nous -même avec de l’autoflagellation ou en répétant les discours négatifs entendus dans l’enfance. Et l’on peut également l’infliger aux autres en raison de conflits internes mal gérés. Nous pouvons devenir toxiques pour ne pas nous laisser aller à notre angoisse ou à notre incapacité à contrôler le monde.

L’auteur propose un descriptif de différents profils toxiques et de l’impact de ce type de relations :

  • Ceux qui le sont par la parole : l’étouffant, l’insinuant, le juge, l’hésitant, le menteur
  • Ceux qui le sont par le comportement : le dominateur, le suicidaire, la victime, le fuyard, le frileux

Et puisque le sujet est celui des familles toxiques, il touche les relations de couple ainsi que les relations parent/enfant.

La dépendance affective est une source important de toxicité au sein du couple. Pour l’éviter, il faut renoncer à être aimé à tout prix et se questionner sur son besoin d’être aimé en allant chercher les réponses dans notre enfance.

Pour atteindre l’autonomie affective, vous devez devenir la personne la plus importante de votre vie, ce qui peut nécessiter de changer de direction en réservant pour soi l’énergie dépensée habituellement pour le couple. Le sentiment de culpabilité doit être transformé en une prise de responsabilité afin de se respecter avant tout pour amener le partenaire à en faire autant. La dynamique du triangle de Karpman se retrouve bien souvent au sein des couples avec les deux partenaires prenant alternativement les rôles de Victime, Sauveur et Bourreau. Il est possible de contrer ces mécaniques avec les 3 P :

  • Puissance en ayant confiance en ses capacités
  • Permission en s’autorisant à dire non pour améliorer les choses
  • Protection en mettant en place des limites à ne pas dépasser

L’objectif étant de tendre vers des rapports basés sur le respect, l’entente et la positivité.

Il est également essentiel de construire avec ses enfants une relation basée sur le respect, la confiance, la compréhension et l’entraide et non pas le rejet, le mépris, l’étouffement ou la codépendance. Pour cela, le parent doit savoir se remettre en cause car intoxiquer la relation avec son enfant peut avoir de lourdes conséquences.

L’auteur rappelle que le parent parfait n’existe pas. Tout le monde a le droit de se tromper, le tout est de comprendre pourquoi et comment et d’essayer de ne pas retomber dans les même travers la fois suivante. D’ailleurs le traumatisme est indispensable au développement de l’enfant, il le pousse à évoluer et à grandir, lui apprend à gérer la frustration, à écouter ses émotions, à vouloir apprendre de ses erreurs. Mais dans cette relation, le parent doit prendre ses responsabilités sans culpabiliser l’enfant du moindre problème. Ce sont les parents qui sont responsables de leurs enfants, pas l’inverse. Aussi, il est important d’éliminer toute toxicité des relations avec nos enfants pour ne pas les voir construire une famille toxique.

Soyez vous-même tous les autres sont déjà pris


Le titre de ce livre de développement personnel m’a accroché et la présentation de l’auteur m’a convaincu d’entamer cette lecture.

D’explications en conseils, Gilles Azzopardi déblaye le chemin à travers
ce qui nous entrave : des croyances héritées aux biais cognitifs en
passant par les schémas que l’on s’applique sans qu’ils nous
correspondent. Le constat est intéressant mais ce qui l’est encore plus,
ce sont les pistes de solutions, les conseils pratiques et la
perspective simple et belle de s’autoriser à être soi.
Le livre commence avec quelques faits sur le fonctionnement de l’homme, facilement influençable, majoritairement soumis à l’autorité et conditionné par son enfance. Car, malgré la bonne volonté des parents, certains schémas imposés aux enfants étouffent et leurs conséquences perdurent longtemps. « Sois fort! », « dépêche-toi! », « sois parfait! », « fais plaisir! », « fais un effort! », ces ordres qui démontrent à l’enfant qu’il n’est jamais assez bien pour être accepté par son parent restent ancrées en lui, enjoignant des comportements qui l’éloignent de plus en plus de ses émotions et de sa personnalité.

Alors pour devenir lui-même, l’adulte a des changements à opérer afin de faire grandir sa confiance en lui et surtout d’atteindre l’acceptation inconditionnelle de soi. Parmi les pistes expliquées pour avancer dans cette voie:

  • se recentrer sur soi en prenant ses responsabilités, en arrêtant de penser à la place des autres, en s’exprimant clairement et en cessant de se comparer
  • apprendre à parler vrai : oser montrer sa vulnérabilité ce n’est pas de la faiblesse mais c’est simplement se rendre accessible, être humain
  • écouter l’autre, cela demande un effort à commencer par celui de savoir se taire, mais c’est ce qui amène des relations plus vraies et paisibles

De nombreuses personnes souffrant de carences affectives précoces présentent une dépendance affective avec une recherche d’une protection infaillible comme celle que l’on peut attendre dans l’enfance. Ce  problème, également lié au fonctionnement de la société qui promet sécurité à condition d’être docile, porte vers la soumission à l’autre. On peut ainsi accepter l’inacceptable par peur d’une rupture ou de la solitude. La théorie de l’attachement explique que les schémas d’attachement de notre enfance se répètent à l’âge adulte avec des profils d’attachement sécure, évitant ou anxieux. Heureusement, cela n’est pas irrémédiable et peut évoluer au gré de relations épanouissantes ou d’un travail sur soi.

Au cœur de la construction de sa personnalité vient le fait de ne pas renoncer à soi pour être conforme à l’image que les autres ont de nous. Penser à soi, c’est le premier pas à faire pour pouvoir vraiment penser aux autres, bien que cette attitude puisse être critiquée ou être qualifiée d’égoïste, car ce qui fait l’altruisme et la générosité c’est l’amour de soi. Le plus beau cadeau que l’on puisse faire à ceux qu’on aime, c’est d’abord d’être heureux et de leur montrer. Les femmes ont encore plus de pas à faire dans ce sens parce qu’elles ont été conditionnées pour passer après les autres, pour s’occuper des besoins de leurs enfants, de leur conjoint, de leurs proches avant de penser à elles.

Ce livre est une lueur d’espoir car si chacun oriente ses choix vers la réalisation de ses objectifs, l’acceptation de ses différences et l’authenticité de ses propos, nul doute que les relations pourraient s’affranchir de contrôle, de critique, de jugement et d’agressivité.

Les abus affectifs

Quand un philosophe s’associe à un psychiatre pour parler d’un sujet aussi délicat que celui des abus affectifs, cela donne un livre empreint de sagesse, de réflexion et d’objectivité. Jusqu’à quel point l’inconscient garde-t-il les traces de ce qui a pu être ressenti comme un abus et en quoi ces schémas impactent-ils nos relations en tant qu’adulte? Les auteurs décortiquent les mécanismes de l’abus afin d’amener à sortir d’un cercle répétitif et nocif, basé sur des ressentis d’enfants que l’on entretient soi-même.

Dès l’introduction, le couperet tombe : personne n’a échappé aux abus affectifs qui sont des ingrédients de la vie humaine. La raison en est donnée plus loin car l’abus est la rencontre entre l’organisation psychoaffective de l’abuseur et celle de l’abusé, ainsi de petits abus peuvent provoquer de grands effets et inversement.

Depuis la naissance de mes enfants, je me questionne constamment sur la meilleure façon de les accompagner dans leur évolution et comme la plupart des parents, je souhaite qu’adulte, ils soient heureux. Pourtant, on ne peut éviter des écueils et cela est expliqué par la vulnérabilité psychique de l’enfant. Un enfant ressent bien plus de choses que ce que nous pensons, alors lorsqu’il est témoin d’une souffrance qu’il ne comprend pas, il se sent coupable des difficultés de ses proches, il s’engage dans une mission de sauvetage ou dans la voie de réalisation de ses parents. Tout le défi d’un parent est d’identifier la limite entre l’influence qui respecte l’identité et celle qui l’altère ou la forge complètement, autrement dit, accepter l’enfant tel qu’il est tout en l’accompagnant dans une direction qui respecte les valeurs de la vie en société.

Malheureusement, la plupart des parents n’ont pas conscience de ce qui se joue dans l’éducation. Certains utilisent leurs enfants pour réparer les dégâts causés chez eux, d’autres profitent du pouvoir de dominer une personne qui leur porte par défaut un amour inconditionnel ou expriment leur mauvaise humeur comme une façon de soulager le poids de leur propre souffrance. Ces comportements ont des conséquences pour l’enfant qui pourront se répercuter tout au long de sa vie avec de plus en plus de dommages.

L’espoir est porté par la prise de conscience des abus affectifs qui nous ont modelé et pousse inévitablement au changement. Dit comme cela, on se figure que les choses sont faciles, mais les auteurs décryptent toutes les barrières psychiques qui s’opposent à cette libération. « Il s’agit de sortir d’ornières profondes, de s’opposer à ce que jusqu’alors on cautionnait. Le rejet d’un système dont on fait partie exige une prodigieuse énergie.» « La prise de conscience fabrique parfois du désespoir et la fatigue anticipée d’avoir à tout rebâtir. »

Outre la résistance au changement, il faudra s’opposer aux abuseurs qui nous entourent et cela commence par se moquer de ce qu’ils pourront penser de nous. Il faudra parvenir à « se libérer de la représentation de l’enfant conçu par nos parents, comme de l’enfant que nous jouons à être pour l’autre. Puis donner à l’adulte gardien de cette enfance la vie devant soi pour se déployer sans peur ni regret, sans cynisme ni orgueil. »

Le changement fait peur, parce qu’il implique le fait d’abandonner ce qui est connu, de quitter sa zone de confort, de détruire des liens et pourtant « changer signifie moins se renier que se choisir. » Car l’objectif est noble, se choisir dans toute notre humanité, avec nos erreurs, nos failles, nos doutes, nos imperfections, c’est aussi accepter les autres avec leurs propres travers et s’ouvrir à la diversité du monde.

« S’engager dans un processus infini de libération devient dès lors une conquête. »

Et si pour être un meilleur parent il est nécessaire de repasser par les abus de sa propre enfance, l’enjeu en vaut le challenge.

Cette lecture amène à la réflexion, à l’introspection qui toutes les deux me semblent essentielles pour vivre en adéquation avec ses valeurs et choisir librement l’orientation de son parcours. Ce qui m’avait convaincue d’emprunter ce chemin de retour en arrière pour mieux vivre au présent, c’était cette vidéo de Cyrinne Ben Mamou : vous devez absolument vous occuper de vos blessures d’enfance !

Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège?

Connaissez-vous le triangle dramatique de Stephen Karpman ? D’après Christel Petitcollin, notre société entière est basée sur ce fonctionnement où chacun prend tour à tour les rôles de victime, bourreau ou sauveur alternant en fonction des réactions de son interlocuteur et de ses propres automatismes. Ce phénomène de jeu psychologique a l’intérêt de renforcer un sentiment d’exister, pourtant son impact est toujours négatif. Ce livre a pour but de favoriser une prise de conscience des échanges toxiques dans lesquels on peut se laisser facilement emporter avec des conseils pour en sortir. Attention, cette lecture pourrait bien vous amener à développer des relations saines et bienfaitrices !

J’avais déjà vu quelques vidéos concernant le triangle de Karpman avec l’envie d’en apprendre d’avantage. Ce livre est très facile à lire, avec des explications claires au sujet des engrenages de ces jeux psychologiques. L’auteur commence par détailler les mécanismes mis en jeu, les profils de victime, bourreau et sauveur et justifie l’entrée dans ce triangle par le besoin d’obtenir une reconnaissance de notre existence ce qui amène à préférer un échange négatif que de se sentir ignoré.

Ce livre apporte une solution pour développer des échanges harmonieux basée sur la prise de conscience individuelle et la responsabilisation. « Chacun, à son niveau, doit devenir conscient de ses propres jeux et apprendre à combler autrement son besoin de stimulation ». En effet, chacun des trois rôles décrit possède sa face nocive.

Le rôle de la victime a pour objectif d’inspirer la pitié pour être pris et charge et reporter sur l’autre la responsabilité de sa souffrance ou de son potentiel bonheur.

La négativité du bourreau est évidente. Autoritaire, sévère, méprisant, il intimide et juge. On le craint et on hésite à le contrarier.

Le sauveur possède sa face obscure lui aussi. Bien qu’ayant des qualités telles que la générosité, le courage, l’altruisme, son côté protecteur est infantilisant, son aide peut être inadéquate, non sollicitée et sert à créer une relation de dépendance où l’autre lui serait redevable.

Selon l’auteur, ce choix d’un rôle est à 10% justifié mais à 90% utilisé à des fins manipulatrices. Le plus destructeur est l’utilisation de ces comportements dans le cadre de son rôle de parent. Un enfant ne peut pas être tenu pour responsable du malheur (rôle de victime) ou de la colère (rôle de bourreau) de son parent. En revanche, les adultes sont pleinement responsables de ce qu’ils font endurer à leurs enfants car ce sont eux qui détiennent le pouvoir dans la relation. Le parent sauveur doit progressivement laisser son enfant devenir autonome, accepter qu’il fasse ses propres erreurs car c’est ce qui lui donnera confiance en lui.

Voici plusieurs leçons de vie extraites du livre :

« Le bonheur c’est peut-être de renoncer au plaisir d’être malheureux et de redevenir le pilote de sa vie au lieu d’en être le passager. »

« Nous n’avons pas le pouvoir de rendre heureux ceux qui n’ont pas envie de l’être comme nous n’avons pas le pouvoir de rendre malheureux ceux qui n’ont pas envie de l’être. » Et son application à soi-même : « Personne n’a le pouvoir de me rendre heureux, on ne peut pas non plus me rendre malheureux quand je n’en ai pas envie. »

« Il faut apprendre à préférer l’intimité et les échanges positifs à l’excitation négative et malsaine des jeux. »

« Il est plus important de fuir et de se mettre à l’abri que de prendre soin des besoins existentiels des manipulateurs. »
La solution passe par le fait d’acquérir une autonomie affective, à diminuer petit à petit le nombre de parties que l’on initie ou dans lesquelles on se laisse emporter et par pratiquer le sadisme joyeux! Car en sortant du triangle, celui qui vous y entraînait est déstabilisé, révolté. Il pourrait même vous accusez de tricher, d’avoir changé, d’être devenu mauvais voire fuir votre compagnie, mais après tout, c’est ce qui pourrait vous arriver de mieux!