Le trauma et le corps – Partie 1 :Théorie

Le traitement des traumatismes et de leurs séquelles est un enjeu important de nombreux suivis thérapeutiques. Ce livre propose une approche centrée sur les réactions corporelles et sur l’intégration d’un fonctionnement corps-esprit cohérent.

Développée aux Etats-Unis, la psychothérapie sensorimotrice se base sur une approche neuroscientifique des traumatismes à travers les mécanismes qu’ils créent dans le cerveau.

Cette lecture est édifiante et nécessite bien deux articles pour présenter les deux parties du livre concernant la théorie et le traitement.

La première partie du livre présente les bases théoriques ayant amené la création de cette approche sensorimotrice de la psychothérapie.

Le constat a été fait que les sujets traumatisés ont tendance à être ramené au cœur de la ou des situations traumatiques qu’ils n’ont pas pu élaborer, amenant à réagir à certains stimuli (odeur, son, image…) par des réponses irrationnelles.

Les études par neuro imagerie montrent que, chez ces patients, les émotions débordent empêchant la possibilité de reconnaître ce qu’ils ressentent. Cela crée des sensations de vide existentiel avec des réponses d’effondrement ou d’explosion dans des circonstances d’irritations mineures. Le principe de la thérapie sensorimotrice est donc de se concentrer sur les sensations dans le moment présent afin de les décrire, de les apprivoiser pour parvenir à les maîtriser.

L’auteure rappelle la structure hiérarchique du cerveau avec le cerveau reptilien qui gouverne l’homéostasie de l’organise, le cerveau limbique agissant comme médiateur de l’émotion et le néocortex permettant la conscience réflexive et la pensée conscientisée. Elle détaille deux modes de traitement cognitif, le traitement ascendant que l’on retrouve chez les enfants qui n’ont pas encore la capacité d’élaborer au sujet de ce qu’ils ressentent et le traitement descendant qui est le fondement d’une partie de l’activité des adultes. Or, chez les personnes ayant subi des traumatismes, c’est le traitement ascendant qui va prendre le pas, empêchant par la-même la rationalisation des évènements ou la possibilité de choisir sa réaction. Au lieu de se trouver dans une fenêtre de tolérance amenant à pouvoir élaborer et communiquer, le sujet peut se situer en situation d’hyperactivation avec des réponses de fuite ou de combat, ou en hypoactivation avec une réponse d’immobilisation, de figement.

La thérapie a ainsi pour objectif de permettre au patient de rester dans sa fenêtre de tolérance qu’il pourra élargir au fur et à mesure, à son rythme, sans plonger dans des réflexes qui lui sont néfastes. Une barrière à cet objectif est liée à la construction de l’attachement des patients, présentant pour beaucoup des modalités d’attachement insecure. Les échanges et la mise en sécurité du patient au sein des séances, ainsi qu’un travail autour de l’expérience de plaisir et de joie afin de légitimer les affects positifs, sont des pistes pour amener une évolution positive au niveau des enjeux relationnels.

Parmi les systèmes défensifs pouvant être activés chez les personnes traumatisés, revient celui de figement, souvent présents dans les situations d’abus chronique. L’auteure explique l’importance de reconnaitre cette tendance à la soumission comme un comportement défensif et non comme un accord conscient. Cette mécanique étant souvent utilisée par les abuseurs pour obtenir la docilité de leurs victimes.

Des éléments préconisés par l’approche sensorimotrice de la thérapie sont distillés dans cette première partie comme le travail autour de la fenêtre de tolérance, l’usage de la pleine conscience, l’interaction avec le patient pour s’assurer qu’il se sente en sécurité…

Tout cela sera détaillé dans la seconde partie consacrée au traitement du trauma.

Réveiller le tigre

Le traumatisme est un enjeu majeur de la santé mentale. Peter Levine propose une lecture du traumatisme en s’intéressant aux réactions les plus archaïques qu’il peut susciter. En cas de danger, l’homme, tout comme l’animal, peut combattre, fuir ou se figer, mais contrairement aux proies animales, l’homme possède également un cerveau émotionnel et cognitif, une mémoire possiblement traumatique qui peuvent être impactés durablement par un évènement traumatique. Ce livre propose une lecture intéressante des mécanismes permettant de surmonter le traumatisme. 

Le terme « traumatisme » est utilisé dans l’ouvrage comme « l’ensemble des troubles résultant de l’action d’un agent extérieur et non comme l’évènement lui-même. » Plus précisément, le traumatisme est la conséquence de la réaction du système nerveux de la personne à un évènement qui a dépassé sa capacité à y faire face par une réponse sensori-motrice adaptée. Car, le figement, qui est souvent à l’oeuvre  et plus particulièrement chez les enfants qui n’ont aucun moyen d’échapper à des violences, est à l’origine de symptômes somatiques, comportementaux, relationnels, émotionnels et cognitifs décrits dans les troubles anxieux post-traumatiques.

Le traitement du traumatisme est un sujet délicat, car il existe un risque important que la reviviscence des évènements soit plus traumatisante que curative. Pour autant, lorsqu’un traumatisme guérit, une transformation s’opère qui améliore la qualité de vie. L’approche de Peter Levine ne consiste donc pas à raconter les scènes, à ressortir les souvenirs, à tenter de retracer le déroulement des évènements, mais se concentre sur la possibilité de sortir du figement. « Le traumatisme est si puissant que les personnes traumatisées restent braquées sur lui de façon compulsive et, ce faisant, les circonstances qui les ont vaincues une première fois les vaincront encore et encore. Si nous dirigeons notre attention sur ces sensations corporelles internes plutôt que d’attaquer directement le traumatisme, nous pouvons dénouer et libérer les énergies qui ont été bloquées depuis l’évènement traumatique. »

L’auteur présente les impacts psychiques du traumatisme qui se caractérise par de l’impuissance chronique, une hypervigilance, une inaptitude à apprendre de nouveaux comportements associés à une tentative d’interpréter des états internes discontinus ou inexplicables. « Sortir de l’amnésie ou du déni demande beaucoup de courage et la quantité d’énergie libérée alors peut être considérable. Elle ne doit pas être sous-estimée. »

L’homme est une espèce extrêmement vulnérable au traumatisme et pourtant, elle en génère et en subit constamment. Car, malheureusement, le traumatisme crée un besoin irrépressible de « remise en acte » quand nous restons inconscient de son impact. Nombre d’adultes reproduisent les violences (physiques, verbales, sexuelles…) qu’ils ont eux-même subit dans leur enfance, propageant le traumatisme sur plusieurs générations, sans compter les guerres, le terrorisme ou d’autres horreurs. Pour l’auteur, chacun doit s’efforcer de guérir ses traumatismes si l’on souhaite pouvoir vivre en paix, et tout d’abord, il est important de protéger les enfants. « Permettre aux enfants d’explorer avec curiosité leur environnement et d’établir des liens chaleureux semble constituer des antidotes aux effets de la violence et de la désorganisation. »

Le cerveau et le monde interne

Un livre passionnant qui cherche à faire cohabiter les deux approches scientifiques des phénomènes mentaux que sont la psychanalyse et les neurosciences.

On entre dans la technique de l’architecture et du fonctionnement du cerveau avec des explications détaillées et un parallèle avec les théories freudiennes. La complexité de la construction de notre mental est évidente et les auteurs sont précis sur ce qui a été prouvé, ce qui reste une hypothèse et les domaines à explorer.

Le contenu riche extrêmement riche de ce livre ne peut être résumé. Voici simplement quelques citations éclairantes sur le fonctionnement si complexe de notre cerveau:

Le cerveau est relié à deux mondes : le monde à l’intérieur de nous, le milieu interne du corps et le monde à l’extérieur de nous, l’environnement externe. Au fond, le rôle principal du cerveau est de servir d’intermédiaire entre les besoins vitaux du milieu intérieur du corps et le monde autour de nous, sans cesse changeant où se trouve tout ce dont notre corps a besoin mais qui est indifférent à ses besoins (à l’exception de nos parents – particulièrement durant l’enfance – et des gens que nous aimons, qui pour cette raison occupent une place spéciale dans notre économie mentale).

La façon dont les neurones se connectent entre eux dépend de ce qui nous arrive. L’organisation fine du cerveau est littéralement sculptée par l’environnement dans lequel il se trouve, beaucoup plus que tout autre organe corporel et pendant une bien plus longue période.

Notre vie mentale fonctionne en majorité inconsciemment, idée majoritairement acceptée au sein des neurosciences cognitives.

Le monde ne se résume pas au monde extérieur, les émotions fournissent des informations sur l’état du self corporel. Seul le sujet ressent ses propres émotions. Non seulement la perception de l’émotion est subjective, mais son objet l’est également. Nous ne nous contentons pas de ressentir passivement nos émotions. Ces dernières nous poussent à « faire quelque chose » sur un mode compulsif. L’aspect moteur de l’émotion implique des processus de décharge internes et externes.

Pour les bébés, ce sont souvent ses parents qui jouent le rôle d’intermédiaire entre ses besoins – qu’il leur communique en exprimant ses émotions – et les objets du monde extérieur. Les actions que réalisent ces intermédiaires pour le bébé, ainsi que leurs effets, sont peu à peu internalisés par l’enfant, jusqu’à ce qu’il puisse s’occuper de lui-même. Les expériences précoces de satisfaction forment le socle de notre compréhension du monde ; pour un enfant, apprendre à reconnaitre correctement ses besoins ainsi que les objets de leur satisfaction est totalement lié avec la qualité de ce qu’il reçoit de ses parents.

Il y a toutes sortes de situation dans lesquelles ce processus peut être perturbé ; par exemple lorsque les besoins du bébé sont durablement négligés ou mal compris, où même satisfaits trop tôt, sans qu’il ait pu suffisamment les ressentir. Ce type d’expériences, associé à des « facteurs de risque » biologiques, est probablement à l’origine de certains états psychopathologiques extérieurs.

Le plan initial du corps humain, y compris le cerveau est féminin.
Le corps calleux est une structure cérébrale pour laquelle d’importantes différences ont été montrées entre femmes et hommes. Il est proportionnellement plus grand dans le cerveau de la femme que dans celui des hommes → liaisons plus importantes des deux hémisphères chez la femme que l’homme → latéralisation moins importante chez la femme. Les femmes ont de meilleurs compétences verbales, les hommes de meilleures compétences visuospatiales. Une plus grande activation de l’amygdale chez l’homme semble expliquer pour quelles raisons les garçons sont généralement plus actifs et agressifs que les filles.
Chez les femmes, c’est le gyrus cingulaire antérieur lié à l’expression des comportements maternels et d’attitudes sociales.

On ne peut dire que les hémisphères contiennent des fonctions mentales mais plutôt que différentes parties des hémisphères sont sollicitées pour le fonctionnement de systèmes complexes impliquées dans nos facultés mentales.

Les systèmes de commande des émotions de base déclenchent des programmes moteurs stéréotypés, des réflexes et des comportements instinctifs, tous de nature compulsive. A ce niveau primaire d’organisation, le self est passif et n’effectue pas de choix dans ces réactions, il est dominé par ce que Freud appelait la « compulsion de répétition ». En d’autres termes, ce self primitif est dépourvu de libre-arbitre.
D’un point de vue neuroscientifique, l’essence du « libre arbitre » réside paradoxalement dans notre capacité d’inhibition : la capacité de ne pas faire quelque chose.

C’est là la principale chose qui nous distingue des autres grands primates : le développement de niveaux supérieurs du self, organisés avant tout autour des mécanismes d’inhibition. Ces mécanismes dépendent du fonctionnement des lobes préfrontaux, le joyau du cerveau humain, qui nous dotent de la capacité de réprimer les compulsion primitives, stéréotypées encodées dans notre mémoire ancestrale et émotionnelle. On peut légitimement considérer les lobes préfrontaux et leurs capacités inhibitrices comme le substrat de notre humanité.

Les lobes frontaux se développent après la naissance (avec des poussées à 2 et 5 ans) et ils continuent de se développer jusqu’à la vingtaine. Ils sont donc très fortement influencés par l’expérience. La structure de ces capacités d’inhibition est littéralement sculptée par les figures parentales et apparentées, qui jouent un rôle majeur dans le développement de l’enfant et notamment le développement de ses capacités. Ce processus de « sculpture» est dirigé par au moins deux composantes : les actions des parents mais également leur discours.

Les neurones miroirs : Pour l’instant ces neurones n’ont été mis en évidence qu’au niveau des systèmes d’action mais lorsque les neuroscientifiques oseront les rechercher au niveau des systèmes émotionnels, nous faisons le pari qu’ils pourront décrire les bases neurobiologiques de l’empathie. Il semble raisonnable d’imaginer qu’il s’agit du mécanisme par lequel l’enfant « internalise » les comportements de ses parents. Les enfants internalisent également ce que les parents leurs disent et utilisent le « discours intérieur ». Ils transforment ainsi des interdits en inhibition.

La puissance réparatrice de votre cerveau

Le cerveau est plastique, il possède des capacités d’apprentissage impressionnantes et ce livre propose de les mettre à profit pour réparer ce qui a pu manquer pendant l’enfance.

En analysant les manques, les souffrances, les besoins non remplis, les croyances erronées que nous avons pu expérimenter et que nous tentons souvent de nier, chaque chapitre propose des exercices afin de prendre soin de soi, de combler soi-même ses carences affectives et de se libérer de schéma contre-productifs, voire auto-destructeurs.

L’enfant se construit en relation avec les autres : figures d’attachement, entourage familial, scolaire… Ces interactions ne sont jamais parfaites et la perception que l’on peut avoir du comportement d’une personne peut laisser une trace qui induit une croyance négative sur soi.

Le principe de ce livre est de proposer des séances d’introspection basée sur des affirmations que l’on peut ressentir en tant qu’adulte :

  • Je me trouve nul/nulle, je ne m’aime pas comme je suis
  • Je manque d’affection
  • Je suis anxieux/anxieuse
  • Je ne sais pas dire non
  • Je suis perfectionniste
  • Je n’aime pas être seul
  • Je suis toujours en colère

Dans chaque situation, l’auteur propose des explications sur ce qui peut amener à ces comportements, présente un exemple de personne ayant ce type de pensée et les problématiques que cela occasionne dans sa vie avant de passer à des exercices concrets. Un quiz permettra de réaliser une évaluation du niveau de l’affirmation puis des questions invitent à rechercher des éléments particuliers liés à cette affirmation dans la petite enfance, l’adolescence et à l’âge adulte. La prise de conscience de ce qui a mené le cerveau à garder cette empreinte est un premier pas important. Des audios recensent une série d’exercices de reconnexion avec cette partie blessée de notre personnalité en lui apportant ce qui a pu lui manquer à l’époque. Le principe étant d’apaiser les émotions de notre enfant intérieur, en leur rendant leur légitimité et en les accueillant comme elles le réclament.L’auteur précise qu’il ne faut pas forcer le processus. Si certaines questions ou certains exercices semblent trop difficiles, il est conseillé de se faire accompagner par un thérapeute pour les mener à bien dans un environnement sécurisé et bienveillant.L’objectif est bien entendu de se départir de ces croyances ou ressentis et donc de s’aimer tel qu’on est, de se sentir apprécié, d’être serein, de savoir poser ses limites, de s’autoriser le droit à l’erreur, d’apprécier la solitude et de se sentir en paix. Qui pourrait bien le refuser ?!

Le cerveau, cet imbécile

Lorsqu’un neuroscientifique, expert en vulgarisation et plein de dérision, décrypte le fonctionnement du cerveau, on apprend beaucoup tout en passant un bon moment.

Une lecture passionnante à la découverte des biais, limites, dysfonctionnements imposés par notre cerveau. Des contrôles exercés en mode automatique, à la peur, en passant par la mémoire, l’intelligence, la construction de la personnalité, la dépression, les addictions… chaque chapitre explique, décrypte et illustre les basiques du cerveau. Et si on n’en ressort pas génial, ces connaissances permettent de mieux comprendre l’être humain, en commençant pas soi-même.

Pendant que nous grandissons, une grande partie de notre environnement est contrôlée puisque presque tout ce que nous savons nous vient d’adultes que nous reconnaissons et en qui nous avons confiance. Mais puisque personne n’est ni parfait, ni infaillible, il est fort probable que nous maintenions de nombreuses croyances pouvant aller jusqu’à nous nuire. 

Voici donc quelques mécanismes que notre cerveau utilise, parfois à nos dépens:

Le cerveau ne gère pas bien le cours aléatoire du monde. Le rejet du hasard a d’innombrables répercussions dont le réflexe de penser que tout arrive pour une raison. D’une façon générale, plus le cerveau exerce de contrôle sur les évènements, moins nous avons peur. Cependant, pour le cerveau, tout ce qui est mauvais est toujours plus puissant que ce qui est bon. Il devient ainsi difficile d’assurer un équilibre et bien souvent cela devient créateur de stress. Les êtres humains sont très sensibles aux opinions des autres. Tout ce qui menace le statut social perçu ou l’image de soi interfère avec le but d’être aimé, et donc libère du cortisol (hormone du stress) dans le système. Les choses agréables comme les compliments produisent aussi une réaction neurologique via l’ocytocine, qui nous fait éprouver du plaisir mais l’action de l’ocytocine est limitée à quelques minutes alors que celle du cortisol peut durer 1 à 2 heures.

Le cerveau n’aime pas avoir tort, il est ainsi soumis au biais de confirmation : nous nous emparons de tout ce qui nous conforte et nous ignorons tout ce qui ne cadre pas avec ce que nous pensons.

La colère produit des comportements irrationnels, voire de la violence. C’est un état d’excitation émotionnel et physiologique dont on fait l’expérience lorsqu’une sorte de limite est franchie. Des études contestent l’idée qu’on doit réprimer sa colère et qu’au contraire on ferait mieux de l’exprimer pour réduire le stress et agir plus efficacement. La colère peut avoir tendance à persister et même enfler, c’est le cas pour les agacements pour lesquels nous n’avons pas de solution. Le cerveau a toute cette colère qui bouillonne et il la transfère sur la première cible possible qu’il rencontre, juste pour relâcher la pression cognitive. Quand vous êtes en colère mais que vous ne voulez pas le montrer, la versatilité du cerveau permet de se montrer agressif sans user de violence cruelle et vous pouvez devenir « passif-agressif ». Cela consiste à adopter une attitude qui fait que l’autre s’énerve ou s’émeut sans pouvoir être certain que vous êtes en colère contre lui, or le cerveau n’aime pas l’ambiguïté et l’incertitude qui lui sont pénibles ainsi l’autre est puni sans violation des normes sociales.

Nous nous soucions des autres à un niveau neurologique et nous sommes prêts à faire beaucoup d’efforts pour qu’ils nous apprécient. Les techniques d’adhésion tirent profit de notre désir d’être perçu positivement par les autres. Nous avons tellement besoin d’être apprécié que cela peut avoir plus de valeur que notre propre jugement ou notre propre logique. Notre estime de nous-même requiert de la cohérence donc une fois que le cerveau a pris une décision, il peut être étonnamment difficile de lui en faire changer.

Ceux qui nous entourent ont une influence majeure sur le bien-être de notre cerveau et c’est encore plus vrai en matière de relations sentimentales. D’une façon inquiétante, notre cerveau préfère être aimé à avoir raison. Dans un groupe, on retrouve un effet de polarisation : les gens finissent par exprimer des opinions plus extrêmes que lorsqu’ils sont seuls.

Le cerveau a un fort biais égocentrique, cela lui donne une propension à se donner le beau rôle en toutes circonstances. Plus notre vie est privilégiée et confortable, plus il est difficile de comprendre les besoins et les problèmes des autres. Le cerveau part du principe que le monde est par nature bon et juste, que les bonnes actions sont récompensées, et les mauvaises punies. Ce biais aide les individus à fonctionner en communauté et nous motive. Malheureusement, ce n’est pas vrai. Cependant, voire quelque chose d’horrible arriver à quelqu’un alors que l’on croit à un monde juste induit une dissonance. Le cerveau a donc deux options, conclure que le monde est cruel et régi par le hasard ou que la victime a dû faire quelque chose pour le mériter. Cette deuxième option est la plus dure mais c’est celle qui est majoritairement utilisée pour rester dans le confort douillet (et incorrect) de nos certitudes sur le monde. Il semble que notre cerveau soit si enclin à préserver le sentiment de son identité et la paix de son esprit qu’il nous rend prêt à écraser quiconque les met en danger.

Sur le domaine des addictions, on entre dans des altérations du fonctionnement cognitif. La plupart du temps, le circuit de la récompense est activé de façon indirecte par la réaction du corps que le cerveau reconnaît comme positive. L’atout des drogues et ce qui les rend dangereuses, c’est qu’elles activent directement le circuit de la récompense. L’organisme et le cerveau sont tellement habitués à la drogue qu’ils se modifient physiquement pour s’y accommoder. L’interface entre circuit de la récompense et cortex préfrontal où sont prises en conscience les décisions importantes est modifiée, de sorte que les comportements acquis au contact de la drogue sont prioritaires sur des choses normalement importantes. A l’inverse, les conséquences négatives sont effacées et n’inquiètent plus. Les altérations du cerveau ne s’en vont pas le jour où on cesse de prendre de la drogue. En cas de rechute, ces mécanismes reprendront aussitôt vie.  

Comme le dit l’auteur en épilogue: « Voici donc comment fonctionne le cerveau. Impressionnant, n’est-ce pas? Mais aussi un peu stupide, parfois… »

Les biais de l’esprit

Une approche originale d’un ingénieur agronome associé à un chercheur en mathématiques qui décortiquent les biais cognitifs à travers le courant de la psychologie évolutionniste.Ou pour faire plus simple, qui analysent les tendances de notre esprit à réagir comme nos ancêtres le feraient avec tout l’aspect irrationnel de certains comportements ou de certaines décisions par rapport au contexte actuel.

Comme la psychologie évolutionniste fait le pari qu’une personne lucide et informée en vaut deux, la connaissance de ces biais de l’esprit est fort intéressante.

Voici donc quelques fonctionnements automatiques identifiés par les auteurs:

  • Certains de nos choix, vertueux aujourd’hui, sont insouciants du soi futur qui devra faire avec.
  • Nos comportements sont bien souvent déterminés par notre anticipation des seuls effets à court terme de nos décisions.
  • Les statistiques à grande échelle ont moins d’impact sur notre esprit que les témoignages de familiers.
  • Nos comportements et réactions à des menaces potentielles (fuite, évitement, défense agressive, immobilité, soumission ou apaisement) sont liés à la durée de la préhistoire bien plus qu’à la période industrielle datant d’à peine 250 ans.
  • Les émotions jouent un rôle crucial lorsque nous prenons des décisions, cela est lié à la manière dont le cortex et l’amygdale sont connectés.
  • A postériori, nous attribuons nos succès à nos actes et nos échecs aux autres ou à des évènements extérieurs.
  • Nous sommes plus sensibles à  un changement négatif (perte) qu’à un changement positif (gain).
  • On adopte le point de vue de l’autre ou de la majorité des gens en supposant que les autres ont fait le bon choix. On espère faire nous aussi le bon choix en les copiant.
  • Nous avons tendance à nous présenter sous un jour favorable qui soit conforme aux normes culturelles du moment. Les enquêtes de consommateurs comportent donc bien souvent des biais de réponse en fonction de l’image que l’on veut donner de soi-même.
  • Nous adoptons encore des comportements que l’on a du mal à considérer comme adaptés de nos jours mais qui étaient rationnels autrefois (attirance pour les aliments gras, salés, sucrés, peur des serpents, araignées, insectes…)
  • La jalousie sexuelle et la peur de l’abandon sont les causes principales des drames conjugaux (80% des femmes et 90% des hommes fantasment de tuer les gens qu’ils n’aiment pas)
  • La science est produite par les humains avec leurs biais. La méthode scientifique est un ensemble de procédures destinées à lutter contre nos propres biais. Elle s’efforce de toujours rester ouverte à la réfutation.

Prendre connaissance de ces biais peut permettre de comprendre d’où viennent certains de nos réflexes qui peuvent nous porter préjudice. L’idée étant de reconnaître ceux qui nous correspondent, d’analyser si ils sont adaptés ou non à la situation et de se donner la liberté de s’en affranchir pour ceux qui nous encombrent. Car s’il y a une chose qui n’est pas suffisamment abordée dans le livre, c’est que l’homme a des facultés de réflexions très élaborée et que son cerveau cognitif peut largement maîtriser ses réflexes archaïques, sinon on n’en serait pas là !

Domptez votre cerveau!

Un livre très éclairant sur le fonctionnement du cerveau et particulièrement facile d’accès grâce au ton très familier employé par le DR Faith Harper.

Des explications claires autour des réflexes cognitifs, de l’impact du stress, de la gestion des émotions, de l’anxiété, de la colère, des addictions ou encore de la dépression avec des pistes pour s’en sortir, car chacun a besoin de trouver ses propres outils pour rééduquer ses schémas de pensées défaillants, en commençant par comprendre son fonctionnement.

Les premières connaissances apportées par ce livre concernent la prise de décision principalement liée au cerveau émotionnel qui laisse ensuite le travail au cerveau réflexif (cortex pré-frontal) de rationaliser cette décision. Il est donc normal de faire ce que nous faisons, de penser ce que nous pensons et de ressentir ce que nous ressentons même si cela peut être inadapté face à la situation. Le livre propose des outils pour réapprendre au cerveau à mieux répondre à la vie actuelle au lieu de répondre à la vie telle qu’elle était par le passé. Et pour cela, il faut reprendre le contrôle de l’amygdale qui ressort les dossiers émotionnels enregistrés tout au long de notre vie, et pour certains, encore trop actifs.

Le cortex pré-frontal est notre allié dans ce cheminement, malheureusement il peut être désactivé dès qu’il sent un danger pour laisser la place à une réponse du mode archaïque : je lutte, je fuis ou je me fige. Les situations de perte de contrôle sont génératrices de peur car il est difficile pour le cerveau d’accepter de ne pas avoir le contrôle. Le problème du cerveau est qu’il peut activer des stratégies pour éviter la peur et nous maintenir en sécurité mais qu’il ne sait pas désactiver le sentiment de peur quand la menace est écartée. Il peut donc avoir besoin d’une rééducation pour redonner la main au cortex pré-frontal dans la prise de décision. Cela passe par différentes étapes : la sécurisation et la stabilisation afin de calmer l’amygdale qui joue son rôle protecteur en permanence, le souvenir associé au deuil du passé puis la reconnexion. Sans cela, nous alimentons en continu la même réponse émotionnelle et les pensées associées en continuant d’utiliser le même comportement.

Plusieurs chapitres s’attardent sur des problématiques courantes telles que:

  • l’anxiété qui nécessite un entraînement à des comportements plus optimistes pour être contrôlée,
  • les addictions qui sont des mécanismes de protection qui se sont mis à nous contrôler complètement,
  • la colère qui nécessite une analyse afin de trouver sa cause : une blessure, des attentes non satisfaites ou des besoins non satisfaits,
  • ou la dépression qui est une réaction biochimique au stress d’impuissance apprise.

Ce livre aborde simplement les troubles psychologiques les plus communs comme un guide. A chacun de se servir dans les propositions celles qui lui conviendront, d’expérimenter ce qui fonctionne ou non afin de modifier ses réflexes émotionnels et de prendre le contrôle sur ses décisions. L’auteur transmet la normalité des difficultés que l’on peut rencontrer et la nécessité d’avancer à son rythme : l’essentiel pour essayer sans culpabiliser.