Ecrire pour se soigner

Le recours à l’écriture comme outil thérapeutique est un sujet qui m’intéresse particulièrement.

Il est question ici d’écriture expressive, à savoir écrire à propos des ses pensées et de ses émotions les plus intimes. Les auteurs mentionnent de nombreuses études, détaillant les protocoles, analysant les résultats pour dégager les grandes lignes du recours à cet outil. Ils détaillent à la fois les avantages, les limites et le bénéfices attestés sur la santé des sujets étudiés

Le principe de l’écriture expressive est très simple, il s’agit d’écrire librement (sans contrainte de forme, de fond, d’orthographe ou de grammaire) à propos des sujets qui nous préoccupent. Certains évènement peuvent nous impacter inconsciemment, aussi des protocoles ont été testés auprès d’étudiants en leur demandant d’écrire à propos de ce qui les avait le plus traumatisé dans leur vie.

Fun fact : la recommandation était d’écrire de cette manière pendant 20 minutes, 4 jours de suite car c’était une contrainte liée à la gestion des salles. Comme ces durées ont été efficaces, elles ont été gardées dans les études suivantes.

L’idée n’est pas de détailler les évènements mais de s’intéresser à la façon dont ils ont affecté la personne, en libérant les émotions et les pensées qui leurs sont associées. C’est en réalité un exercice d’introspection bénéficiant du support du papier qui a l’avantage d’être disponible, sans jugement et digne de confiance.

Les études démontrent que la santé tire bénéfice du dévoilement verbal et écrit. Garder des secrets, inhiber un besoin de dévoilement sont des activités puisant dans les ressources physiologiques et psychologiques d’une personne en créant du stress, des maladies, des insomnies… De plus, écrire à propos des pensées et émotions en lien avec des expériences inattendues force à joindre leurs multiples facettes, aide à les comprendre, à donner du sens et permet d’aller de l’avant. Ecrire au sujet d’un traumatisme aide à organiser le traumatisme et libère l’esprit des ruminations pour s’occuper d’autres tâches. On pourrait avoir tendance à vouloir oublier les expériences négatives, mais le livre propose plutôt de les traiter une fois pour toutes car rendre une pensée inacceptable, acceptable est le premier pas pour aller mieux (Viktor Frankl). L’objectif est de faciliter l’acceptation et l’empathie à travers le partage d’une expérience humaine plutôt que de se sentir isolé. Différentes études sont citées en exemple, certaines n’ayant pas montré d’effets particuliers, quand d’autres ont mis en lumière un bénéfice certain (insomnie, deuils complexes, thérapie de couple, stress, dépression).

Le principal inconvénient de cet outil est qu’il est douloureux. En effet, cela impose de se tourner vers des souffrances qui peuvent se réactiver avant de s’apaiser. Ainsi, le premier protocole testé sur un groupe d’étudiants cité plus haut a montré une détérioration de l’état psychologique des participants après les sessions d’écriture avant une amélioration notable de leur état de santé, et même une augmentation des performances de la mémoire de travail à court terme.

Le recours à l’écriture expressive peut également avoir des effets néfastes dans certaines conditions en créant un enfermement dans des souffrances traumatiques, un isolement social ou si elle est utilisée comme un frein à l’action. Les auteurs précisent que l’écriture expressive ne doit pas être vue comme un substitut à la thérapie car la guérison passe également par la relation. Il faut plus le voir comme le support que pourrait apporter une conversation avec un ami de confiance, comme une forme de maintenance préventive.

La nuit j’écrirai des soleils

La nuit, j’écrirai des soleils

Rien qu’avec le titre, on est emporté dans une métamorphose.

Comment créer du positif à partir de la souffrance par le biais de l’écriture?

Boris Cyrulnik répond à cette question en se basant sur sa propre expérience ainsi que sur l’analyse du parcours de nombreux écrivains

 

Selon l’auteur, l’écriture aide à intégrer ses souvenirs, à combler le gouffre de la perte, à construire une réalité permettant de dépasser les traumatismes vécus. L’écriture peut devenir un facteur de résilience à partir du moment où l’auteur crée un nouveau développement afin que ce qui est écrit remplace ce qui a été vécu.
Dans d’autres cas où l’écriture reste figée dans le passé, elle peut renforcer la souffrance et avoir un effet destructeur. L’écriture d’une autobiographie qui est un besoin courant pour témoigner tout en évacuant la souffrance est donc à double-tranchant.

Boris Cyrulnik a expérimenté l’écriture de son autobiographie: « Sauve-toi, la vie t’appelle ». Il explique que ce qui l’a le plus surpris c’est la modification de ses souvenirs. Le travail de l’écriture lui a permis de modifier sa mémoire, de se détacher de la détresse de son enfance. Il décrit également une expérimentation auprès de soldats qui en écrivant sur ce qui arrivait ont adouci l’affect lié à l’horreur de leur quotidien.

Pour lui, l’écriture doit élaborer, envisager plusieurs possibilités ce qui permet de remanier la mémoire, de créer des liens favorisant ainsi la mise à distance qui contrôle les émotions. Boris Cyrulnik illustre ses propos par des exemples d’écrivains qui, en fonction de leurs problématiques, ont construit leur oeuvre pour témoigner, attaquer, s’évader, transcender.   

Une lecture passionnante que je recommande à tous, écrivains ou non !