Déjouez les manipulateurs

Ce livre est court, précis, clair et s’avère être essentiel pour comprendre les rouages de la manipulation et définir sa position par rapport à ce comportement. A travers les discours d’hommes et de femmes politiques, l’auteure présente les mécaniques de la manipulation et leur effet sur notre cerveau qui nous pousse à adhérer aux mensonges plutôt qu’à s’en protéger.

Et si au lieu d’user de ce registre on apprenait à développer l’authenticité dans nos relations, pourrions-nous améliorer la société ?

A travers ce livre, Elodie Mielczareck a une ambition pédagogique afin d’informer et d’être à même de contrer les paradoxes de la manipulation. Car la manipulation est quotidienne, légère, utilisée par tous et pourtant destructrice à grande échelle. L’auteure exclue de son propos la manipulation pathologique telle que la perversion narcissique pour parler des mécanismes les plus courants dont les gouvernants restent à l’heure actuelle les meilleurs « vecteurs ».

Voici donc un condensé des différentes techniques de manipulation décrites dans le livre car pour convaincre, un manipulateur utilise des subterfuges qui annihilent les capacités cognitives de son interlocuteur. Il peut s’agir de plonger dans le flou, de se distancier de son discours en utilisant l’infinitif, de proclamer des valeurs de Liberté, Egalité, Confiance, Justice pour ne pas être contredit, d’user d’éloquence pour impressionner, de noyer le poisson à travers des phrases longues et complexes qui n’ont aucun sens, de remplir l’espace, de promettre sans engagement concret, de ridiculiser son interlocuteur pour se sortir d’une question, d’infantiliser, ou de créer un double discours en admettant un propos immédiatement contredit par son inverse.

La manipulation la plus courante consiste à miser sur le sentimentalisme, à user du pathos pour susciter l’émotion que ce soit la pitié ou la peur. Le manipulateur sait se glisser dans la peau du gendre idéal, de même que la manipulatrice empruntera le masque de la belle-fille attentionnée. Ils flattent pour amadouer leur public, peuvent se présenter comme des sauveurs et sont friands de l’usage de l’ironie qui permet de faire entendre une double voix dans leur discours sans que les reproches cachés ne puissent leur être reprochés.

En résumé, la manipulation consiste à saturer l’espace cognitif de l’autre, par différentes techniques, afin qu’il n’ait plus d’autre choix qu’adhérer et soutenir ce vampire psychique.

L’auteure donne des pistes de détection des mensonges à travers l’analyse non-verbale: un rythme du corps en balancement peut devenir hypnotique alors que les ruptures de rythme sont synonymes de bonne foi, les regards un peu trop insistants tendent à imposer un rapport de domination…

En prenant du recul sur les discours des médias, sur les relations tant professionnelles que personnelles, on peut identifier lorsque ces mécanismes sont en place et tenter de les contrer, soit en les évitant, soit en refusant d’être un objet de manipulation pour ramener la relation sur le terrain de l’authenticité.

« Etre authentique, c’est :

  • faire preuve d’assertivité en disant ce que vous pensez peu importe les conflits d’intérêt;
  • faire preuve de réflexivité en écoutant l’autre et en n’excluant pas qu’il puisse avoir raison;
  • faire preuve d’empathie en ne jugeant pas l’autre. »

 
 

Revivre après une épreuve

Ce livre est un recueil de textes de différents auteurs (psychologues, professeurs, journalistes… ) qui traite du vécu face à l’épreuve. Un sujet difficile, abordé avec un recul intéressant qui peut éclairer sur le ressenti des victimes, malades, personnes en souffrance, sur leurs besoins et sur les leviers pouvant leur permettre de retrouver la joie de vivre.

L’épreuve peut prendre différentes formes : maladie, accident, traumatisme, deuil, rupture… Elle éprouve nos ressources et notre résistance et imprime sa marque sur les parcours de vie. Sans laisser de côté les impacts négatifs de ces difficultés, le livre est centré sur la reconstruction, sur les possibilités de résilience qui peuvent être activées ou non, selon la personne et son environnement. Chaque personne traversant une épreuve douloureuse ou accompagnant quelqu’un de son entourage peut trouver là des explications, une idée, une lueur d’espoir…

Selon Henri Laborit, « confronté à une épreuve, l’homme ne dispose que de trois choix: combattre, fuir ou ne rien faire ». Cela amène trois types de fonctionnement : se centrer sur le problème en étant actif à la recherche de solution, se centrer sur les émotions en prenant soin de soi ou éviter, subir en trouvant un refuge ailleurs ( drogues, sport…). Le comportement le plus délétère est le troisième qui tient plus de l’autodestruction que de la conservation car la passivité est coûteuse psychologiquement (stress, perte de sommeil, idées obsessionnelles, dépression, troubles somatiques…). La fuite pourrait paraître un échec mais elle peut également être l’unique solution et un moyen pour se reconstruire ailleurs, autrement.  

Selon le courant de la croissance post-traumatique, toute épreuve qu’elle soit individuelle ou collective nous permet de découvrir nos « ressorts invisibles » et ainsi accéder à des ressources pour s’inventer une vie plus belle, plus libre, plus authentique. Pour autant, les épreuves ne sont pas souhaitables. Comme le dit Boris Cyrulnik, un malheur n’est jamais merveilleux : « Vu de l’extérieur, la fréquence de la résilience prouve qu’on peut s’en sortir. Vu de l’intérieur, on est structuré comme un oxymoron que révèle la division intérieure de l’homme blessé, la cohabitation du ciel et de l’enfer, le bonheur sur le fil du rasoir ». Ce qui facilite la résilience est la bonne proximité humaine. Chez les adultes, le soutien social le plus efficace se produit lorsqu’il peut donner lieu à la réciprocité. Pour Jean-François Meunier, la résilience est un changement psychologique positif faisant suite à des évènements extrêmes. Le positif se trouve dans la prise de conscience que la personne peut avoir de sa force, de sa détermination, de qui elle est, de ce qui peut la rendre heureuse et des nouveaux buts qu’elle se fixe. Parmi les facteurs essentiels pour surmonter un traumatisme figure l’attribution d’un sens. Il ne s’agit pas de « trouver un sens » en décryptant les évènements, mais plutôt de « donner un sens » en acceptant le changement irréversible qui est intégré, en même temps qu’un remodelage de sa vision des choses pour préparer la suite de manière réaliste. Un autre facteur consiste à verbaliser car toutes les façons de mettre en mots l’horreur peuvent aider à s’en dégager. Le mode de défense habituel de l’entourage d’une victime est de rassurer ou minimiser, cependant le bon consolateur commencera par reconnaître à l’autre un droit aux larmes ainsi que la réalité de sa souffrance. Reconnaître ce qu’une victime traverse est paradoxalement ce qui soulage.

Les traumatismes, notamment le vécu d’une guerre, impactent les générations futures car pour survivre et grandir, les enfants ont besoin de l’aide de leurs parents ou de leurs substituts. Or, des parents traumatisés et un groupe déstructuré sont trop souvent préoccupés par leurs propres douleurs, leurs pertes ou leurs frayeurs pour se préoccuper de manière adaptée de leurs enfants.

Voici cinq critères de croissance post-traumatique:

  • une meilleure appréciation de la vie en générale
  • des relations plus authentiques et chaleureuses
  • un sentiment d’être plus fort et résistant
  • la découverte de nouveaux possibles
  • un enrichissement de la foi religieuse ou de sa philosophie de vie

Ainsi que dix façons de se reconstruire : suivre une thérapie (parole, TCC, EMDR), les cellules psychologiques, l’équithérapie, écrire pour recréer son malheur afin d’en prendre le contrôle, marcher, rire, le temps, les groupes de parole, faire justice tout en renonçant à tout réparer, la création artistique.

Le livre conclut avec l’équation du bonheur de Christophe André :
bonheur = bien-être + conscience, qui consiste à se réjouir d’un instant agréable lorsqu’on le vit…

 

Pour une écologie intérieure

Nous sommes entrés dans la période de l’anthropocène c’est-à-dire que l’humanité est devenue la principale force géologique sur Terre. Une telle situation nous contraint à penser et opérer un changement radical au niveau collectif. Pour entreprendre un tel changement, il revient à chacun individuellement d’effectuer une transition à l’intérieur de lui, de revoir sa manière d’être et de prendre en considération la planète qui l’accueille.

Ce livre présente un état des lieux de l’aberration dans laquelle nous
nous retrouvons en asservissant la planète au profit de l’homme sans se
soucier de la pérennité de ce mode de vie. L’approche des auteurs est
intéressante puisqu’elle établit un parallèle entre la manière dont
l’homme se comporte avec la planète et ses comportements envers
lui-même. Pour les auteurs, la pollution extérieure traduit notre
pollution intérieure. L’optique envisagée par cet écopsychologie est
donc de commencer par se pencher sur sa propre intériorité, à découvrir
le pire et le meilleur qui se trouve en soi et à s’apporter un respect
et un soin personnel qui ne pourra que s’étendre à l’environnement.

Si nous avons des difficultés avec notre environnement, c’est parce que nous avons du mal avec ce qui échappe à notre contrôle, autrement dit avec le sauvage que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur de nous. La responsabilité de l’être humain dans le déséquilibre de l’écosystème réside dans le fait qu’il agit sans analyser les conséquences systémiques de ses gestes. En perdant le lien avec la nature, avec les autres, avec l’impact de ses actes et de ses paroles, l’homme perd dans le même temps le sens de sa vie. Nous nous laissons dévier du cours de la vraie vie en cherchant à correspondre à un monde, en nous adaptant à ses exigences et en oubliant nos véritables aspirations. La société actuelle encourage la consommation, il est important d’avoir, de montrer son pouvoir, de paraitre et l’homme arrive à nier ses blessures ou frustrations en les comblant par un excès de consommation. Selon les auteurs, l’hyperconsommation procure une impression de réparation, voire de revanche sur toutes les misères subies réelles ou imaginaires, passées ou présentes. En chacun de nous, il y a un enfant omnipotent qui veut disposer de tout selon son envie. Cependant, la réalité est que nous vivons, nombreux et cependant temporairement, sur une planète aux ressources limitées, unique dans l’univers. Il est évident et largement établit que la course à la consommation en place dans les pays développés mène l’humanité à sa perte, provoquant conflits, violence, catastrophes naturelles et insécurité. Alors, le changement est une question de survie.

Une fraction de la population que les auteurs présentent comme les créatifs culturels affiche de nouvelles valeurs allant à l’encontre de l’individualisme consumériste et adopte une vision plus humaine conduisant à des gestes novateurs. Ces personnes s’engagent dans des nouvelles façons de vivre qui soient davantage respectueuses et tolérantes à la fois d’eux-mêmes, des autres et de la planète. Leurs préoccupations suivent six directions : œuvrer pour un monde plus écologique, donner d’avantage d’importance aux valeurs féminines, mettre en avant l’être à la place de l’avoir et du paraître, favoriser le développement personnel et spirituel, s’impliquer pour un changement sociétal et s’ouvrir aux autres cultures.

L’écopsychologie participe de ce courant. Cette discipline tente de comprendre de manière globale les problématiques de l’être humain avec son milieu avec l’idée que le bien-être psychique et la santé de l’habitat vont ensemble, ce qui signifie que la détérioration de la planète nous affecte et que notre mauvaise santé mentale a un impact sur la Terre.

Les auteurs expliquent que nous sommes dans une phase de transition, avec toute l’inquiétude et l’incertitude que cela comporte puisque nous ne savons pas vers quoi nous nous dirigeons et que le chemin de la croissance passe immanquablement par l’épreuve de la perte. Toutefois, un bien-être nous attend autrement. Il passe par la reconnaissance de ce qui est, par le simple fait de participer et de goûter à la vie, par la capacité à nous rendre disponible à l’instant présent, quel que soit celui-ci.

Ce livre comporte des axes de réflexions très intéressants et suffisamment nombreux pour s’approprier des idées et mener son propre cheminement dans notre société en mutation.

Le sens de ma vie

Viktor E. Frankl est un psychiatre ayant survécu aux camps de la mort. Dans ce livre, il retrace son parcours personnel et professionnel qui l’a amené à fonder la logothérapie.

Viktor E. Frankl a été formé à la psychanalyse viennoise, échangeant avec Freud, travaillant avec Adler et il s’en est détaché pour développer sa propre conception de la relation d’aide. On sent dans son histoire qu’il a constamment remis en question les principes établis à l’époque en se basant sur l’observation, en ne cessant jamais de réfléchir, en donnant à ses patients un espace de parole ouvert, accueillant avec compassion leurs souffrances. Ce qui m’a beaucoup intéressée, c’est la construction de son approche thérapeutique partant du principe que tous, nous avons besoin de trouver le sens de notre vie car c’est une condition essentielle à notre bien-être.

Selon Viktor Frankl, chaque personne fait face à une question que lui pose l’existence et elle ne peut y répondre qu’en prenant sa propre vie en main. C’est pourquoi la logothérapie considère la responsabilité comme l’essence même de l’existence humaine. C’est à chacun de choisir ce dont il veut être responsable, envers quoi ou envers qui. La responsabilité et la liberté sont comme les deux faces d’une même médaille : aussi importantes l’une que l’autre.

Ainsi la logothérapie aide  à sortir des cercles vicieux et des mécanismes de défense qui jouent un si grand rôle dans le développement des névroses. La personne qui est à la recherche d’une raison de vivre peut être en proie au désespoir parce qu’elle ne la trouve pas. Elle peut souffrir de détresse existentielle mais certainement pas d’une maladie mentale. Ce dont l’humain a besoin, ce n’est pas de vivre sans tension, mais bien de tendre vers un but valable, de réaliser une mission librement choisie. Dans une saine dynamique existentielle, chacun éprouve une tension entre son but à atteindre et sa situation actuelle.

Viktor Frankl était un homme emprunt d’une grande humanité qui disait : « Le sens de ma vie consiste à aider les autres à trouver un sens à la leur. »

Le cadeau : 12 leçons pour sauver votre vie

Edith Eger est une rescapée du camp d’Auschwitz où elle a été déportée à 16 ans. Elle raconte son parcours de vie dans le livre The Choice : A true story of hope traduit en français par Le choix d’Edith : Un hymne à la vie. Elle a ensuite écrit le Cadeau, comme un mode d’emploi pour guérir nos blessures, prendre conscience de nos dysfonctionnements et petit à petit, faire les choix qui nous amènent à nous épanouir.

Ce livre synthétise 12 leçons de vie en 12 chapitres autour des prisons mentales que l’on se construit soi-même et desquelles il est important de se libérer. Ce n’est absolument pas un livre donneur de leçon, c’est plutôt une lueur d’espoir pour tous ceux qui souffrent. Une lueur d’espoir car son exemple et ceux qu’elle décrit dans le livre peuvent servir de modèle. Edith Eger ne renie par la souffrance de la vie, elle l’accepte, elle l’apprivoise et elle la dépasse. Son partage d’expérience a pour objectif d’insuffler de la motivation à tous, quelles que soient les difficultés qu’ils éprouvent en se disant : « Si elle a réussi, je le peux aussi ». Là-dessus, on ne peut que lui donner raison. Si à 16 ans, elle a pu survivre au camp d’Auschwitz, à la marche de la mort, à la perte de ses proches et à tous les obstacles  qui ont suivi, c’est que tout est possible.

Son expérience de vie est remplie d’introspection, de remise en question et d’une passion pour l’aide aux autres à travers son travail de psychologue. Elle livre avec générosité la sagesse qu’elle a acquis tout au long de sa pratique en identifiant les prisons que l’on se créé intérieurement et en donnant des exercices pratiques pour s’en libérer. Chaque aspect est illustré par des exemples de parcours d’elle-même, de son entourage ou de ses patients car ces prisons, nous sommes tous susceptibles de s’y retrouver enfermés. Le plus important étant d’essayer de s’en sortir, de savoir que c’est possible parce que d’autres l’ont fait avant nous et d’être guidé sur ce chemin personnel.

Ce livre est comme une synthèse de toutes les constructions mentales non adaptées que l’on a laissé se développer depuis notre enfance. Il présente le cœur du travail personnel à réaliser, des apprentissages qui pourraient manquer afin de s’épanouir, afin de s’aimer soi-même et s’autoriser à suivre son propre chemin de vie.

Voici les 12 prisons qui causent de la souffrance et bloquent notre développement :

  • La prison de la victimisation
  • La prison de l’évitement des émotions
  • La prison de la négligence envers soi-même
  • La prison des secrets
  • La prison de la culpabilité et de la honte
  • La prison du deuil non résolu
  • La prison de la rigidité dans les conflits
  • La prison du ressentiment
  • La prison de la peur paralysante
  • La prison du jugement
  • La prison du désespoir
  • La prison de ne pas pardonner

L’auteur explique que détruire ses propres prisons internes n’est pas facile mais que ça vaut le coup et voici une citation du livre : « La liberté requiert l’espoir que je définis en deux voies : la conscience que la souffrance est temporaire et la curiosité de découvrir ce qu’il y a après. »