Attachement et perte – Volume 3

Troisième volume de l’étude de l’attachement par John Bowlby à travers les réactions liées à la perte. Un volume qui présente les observations d’études réalisées auprès de personnes endeuillées et qui montre le lien entre le type d’attachement construit et la probabilité de présenter les caractéristiques d’un deuil pathologique. 

Cette problématique est importante par rapport à l’état psychique d’une personne car Bowlby précise qu’une bonne partie des maladies psychiatriques sont une expression de deuil pathologique.

Un sujet assez peu réjouissant que l’étude de la réaction au deuil et John Bowlby poursuit la présentation détaillée des études qui lui ont permis de faire la différence entre un deuil normal et un deuil pathologique et de prévoir la survenue de ce dernier en lien avec la construction de l’attachement. Différentes étapes du deuil sont présentées comme le choc, le déni, l’espoir d’une autre réalité, la colère, la tristesse, la résolution…

La problématique de prévenir la survenue d’une souffrance accrue lors des périodes de deuil est grande, surtout qu’on estime que les composants cognitifs et réactionnels de l’attachement qui se sont ancrés depuis la petite enfance viennent à fonctionner automatiquement, en dehors de toute prise de conscience. Si l’on ajoute une forme d’ancrage inconscient qui interdit la réévaluation des modèles de représentation internes, une personne peut se retrouver bloquée dans un vécu extrêmement douloureux.

Les personnes ayant développé un attachement anxieux ou ambivalent et celles qui ont développé une personnalité de soigneur compulsif sont les plus prédisposées à expérimenter un deuil pathologique, c’est-à-dire un deuil qui stagne dans la souffrance et ne permet pas d’accéder à un remaniement de sa vie qui intègre la perte de l’être cher. 

Ainsi, les mécanismes de défense suivant peuvent s’implanter, créant des comportements qui paraissent incompréhensibles chez la personne endeuillée et qui éloignent ceux qui tentent de lui apporter leur présence. On peut rencontrer le déplacement dans lequel la colère ressentie sera dirigée vers une personne ayant peu ou pas de rapport avec la situation, le clivage lorsque la composante aimante est dirigée vers une personne tandis que la composante de colère est dirigée vers une autre, qui peut être la personne elle-même, ou encore la désactivation des influx sensoriels amenant à un détachement émotionnel. 

Certains comportements parentaux amenant à construire un attachement pouvant poser problème dans la vie d’adulte sont expliqués et il apparait important à chacun d’être vigilant dans l’éducation de son enfant pour le protéger de sources de vulnérabilité dont il pourrait avoir du mal à se défaire. Lorsque les parents trouvent que les désirs de leur enfant de recevoir de l’amour et des soins représente un fardeau et réagissent avec irritation, ignorance, en grondant ou en faisant la morale ou lorsqu’un parent use de pression morale pour que son enfant soit présent, s’occupe de lui, le soulage, cela génère de l’anxiété, de la déception, du ressentiment, de l’amertume sur un enfant est souvent bien trop jeune pour comprendre ce qu’il éprouve. Une personne peut se construire en ayant la conviction d’être inadaptée, d’être de trop, d’être méchante sans entrevoir que ces pensées sont dues à un manque d’accordage entre ses besoins légitimes de l’enfance et la réponse apportée par ses figures d’attachement.

Pour conclure sur la lecture de ces trois volumes, la théorie de l’attachement parait prépondérante pour comprendre le mode de fonctionnement de chacun et l’acquisition de relations amicales et intimes satisfaisantes. En dépassant l’interdiction interne de remise en question des comportements de ses figures d’attachement, chacun peut ouvrir la voie vers une meilleure compréhension de ses modalités d’attachement et envisager une évolution favorable. 

 

Attachement et perte : Volume 2

Dans ce deuxième volume, John Bowlby s’intéresse à la séparation et aux réactions qu’elle engendre. 

Pour cela, il revient sur l’origine de l’histoire de l’homme qui a constitué le façonnement de son cerveau et de ses réactions primitives. Il part du principe que nos comportements sont issus d’un environnement totalement différent de celui dans lequel nous vivons actuellement car l’évolution de la société est beaucoup trop rapide pour que l’homme adopte des comportements stables qui seraient adapté à son environnement.

Lorsqu’on prend en compte la vie au sein d’un environnement primitif, l’homme est plus vulnérable lorsqu’il se trouve seul. Nous avons donc une tendance intuitive qui active la peur face à la solitude, comme un réflexe de survie.

Ce volume est de nouveau illustré par de nombreuses études réalisées principalement sur des enfants afin d’observer leur comportement face à l’absence de leur figure d’attachement ou à la présence d’un inconnu. Il en ressort, entre autre, que la peur est plus difficile à gérer lorsqu’on est seul et qu’il est plus facile de combattre sa peur lorsqu’on est accompagné.

Du moment que dans nos vies à tous, nos compagnons les plus dignes de confiance sont nos figures d’attachement, le niveau de notre susceptibilité à la peur devient lié en grande partie à leur présense ou leur absence, et dépend également de l’usage des menaces d’abandon ou de départ qu’ils peuvent employer. John Bowlby décrit la présence d’une figure d’attachement comme un accès aisé à cette personne associé à sa disposition de répondre d’une manière adéquate, c’est-à-dire avec la volonté de rassurer et protéger son enfant.

John Bowlby identifie plusieurs styles d’attachement qui se constituent dans les premières années de la vie, en relation avec les figures d’attachement pour se stabiliser aux alentours de 3 ans. Ces schémas relationnels ont toutes les chances de perdurer ainsi pendant l’enfance et l’adolescence et laissent leur empreinte sur la manière d’entrer en relation avec l’autre à l’âge adulte.

Ainsi, un enfant qui n’a aucune confiance dans le fait que ses figures d’attachement lui seront accessibles et dévouées lorsqu’elle en aura besoin peut développer un attachement anxieux et avoir tendance à demeurer à proximité immédiate de ses figures d’attachement. Dans ce cas, la perspective d’une expérience de séparation devient trop effrayante. D’après les observations, plus l’enfant vit dans un environnement avec des réactions discontinues et imprévisibles, plus son attachement sera angoissé, et pour certains deviendra totalement détaché, voire agressif comme une protection contre les déceptions. D’autres enfants se trouvent dans une situation où c’est le parent qui est anxieusement attaché et qui renverse la relation normale parent-enfant.

Les séparations, en particulier lorsqu’elles se prolongent ou se répètent, peuvent amener à développer la colère jusqu’à atteindre des niveaux dysfonctionnels qui vont inverser la qualité de l’attachement. A la place de trouver une affection profondément enracinée ponctuée de contrariétés, un enfant peut développer une hostilité sous-jacente masquée par moment par une affection anxieuse et incertaine. La colère est dysfonctionnelle lorsqu’elle atteint une telle
intensité et/ou persistance que le lien qui unit au partenaire s’en trouve
affaibli au lieu de renforcé avec par exemple des actes agressifs et des envies de vengeance lors d’une nouvelle expérience de séparation.

John Bowlby dresse également le profils des enfants qui deviennent relativement stables et surs d’eux-mêmes en grandissant. Ces personnes ont bénéficié d’un soutien parental sans faille, d’encouragements constants mais mesurés amenant à une autonomie et d’une communication ouverte sur les fonctionnements de chacun avec des possibilités d’adaptation de la dynamique relationnelle.

En conclusion de ce deuxième volume, il est établit que l’enfant tend à s’identifier aux parents et donc à adopter avec ses propres enfants les mêmes schémas de comportement. Les modèles d’interaction décrit ont une tendance forte à se transmettre d’une génération à l’autre. Ainsi, pour John Bowlby, l’héritage de bonne ou mauvaise santé mentale transmis par la micro culture familiale est sûrement aussi importante, si ce n’est plus, que l’héritage génétique.




Attachement et perte : Volume 1

John Bowlby est un psychiatre et psychanalyste qui a développé la théorie de l’attachement. Dans ce premier volume, il expose les fondements de sa théorie, basée sur des observations d’enfants, sur les résultats d’études de ses confrères et sur l’éthologie (l’étude scientifique du comportement animal). En élaborant cette théorie, il s’éloigne de la psychanalyse de l’époque et de certains concepts freudiens qui lui semblent erronés, pour étudier le fondement des besoins de l’être humain.

John Bowlby adopte une démarche scientifique de présentation de ses concepts et de l’importance de l’attachement pour chacun de nous. Le besoin d’attachement est présenté comme un besoin fondamental, au même titre que les besoins physiologiques de nourriture et de chaleur. Pour appuyer son propos, il cite des études réalisés sur des mammifères proches de l’homme, démontrant qu’un bébé est à la recherche d’un contact confortable et rassurant, bien plus souvent que de nourriture. Ainsi, le bébé humain est dès les premiers jours en quête d’une sécurité affective, qui petit à petit se portera sur une figure d’attachement principale et des figures d’attachement secondaires.

Ce comportement est présenté comme étant basé sur un instinct de survie d’un enfant qui se sent vulnérable et dépendant dans son environnement. Le bébé recherche la création d’un lien d’attachement puissant à l’aide de différentes compétences qu’il va acquérir pendant les premières années : le sourire, le cri, le babil, le déplacement, l’appel… De leur côté, les parents mettent également en place des sollicitations et des réponses qui vont conditionner l’apprentissage de la construction d’une relation d’attachement. Chaque couple mère/enfant, père/enfant connaitra son propre fonctionnement qui sera amené à devenir habituel aux alentours de la troisième année.

Un certain schéma de la relation se construit dans les premières années de la vie en fonction des interactions avec les figures d’attachement et ancre des automatismes qui seront la base des relations d’attachement en tant qu’adulte. D’après les observations de différentes études, John Bowlby précise que les schémas d’attachement peuvent évoluer, mais que, plus ils ont été vécus longtemps, plus cela prendra du temps de les modifier. Ainsi, les enfants qui ont vécu leurs premières années dans l’isolement et la négligence affective apprennent à rester seuls et n’expriment plus leurs besoins, puisqu’ils ont l’habitude de ne pas être entendus ou compris.

A la lumière de la théorie de l’attachement et de l’importance de ce lien soutenant, on comprend aisément l’étendue des problématiques relationnelles dans les sociétés qui ne tiennent pas compte de ce besoin primaire de l’enfant. Car, pour remplir ce rôle essentiel, les parents ont besoin d’être disponibles et de comprendre que les sollicitations des enfants proviennent d’une nécessité vitale de sécurité. C’est en ayant la possibilité de s’appuyer sur une base stable et fiable que l’enfant pourra explorer et acquérir son autonomie en tant qu’adulte.

Ce premier volume de la trilogie Attachement et perte est une présentation de l’histoire de la pensée ayant mené à l’élaboration de la théorie de l’attachement. Les volumes suivants traitent de la séparation – angoisse et colère, et de la perte – tristesse et dépression.    

Les prisons familiales

Les violences intra-familiales sont terrifiantes et difficiles à appréhender. Dans ce livre, Anne-Laure Buffet décrit les mécaniques de ces prisons familiales dans lesquelles s’exerce harcèlement moral et contrôle d’un membre de la famille par un autre. Cet emprisonnement est réalisé à coup de réflexions, de critiques, de dévalorisations et de culpabilisations qui pourraient paraître anodines lorsqu’on les prend séparément mais qui, accumulées les unes avec les autres amènent à la destruction psychique de l’autre.

“Se reconnaître victime pour ne plus jamais l’être”. L’auteure présente l’objectif de ce livre comme un ouvrage de vérité qui présente la situation et qui explique les mécaniques psychiques en jeu dans les situations de violences intrafamiliales et d’emprise. Différentes étapes doivent être franchies par les victimes pour se sortir des griffes de leur tortionnaire, la première étant de reconnaître la réalité des violences exercées par leur conjoint. De nombreuses défenses psychiques, bien compréhensibles, empêchent de voir ce qui se trame, car comme souvent dans les situations de violence, et encore plus lorsqu’il s’agit de violences psychologiques, l’agresseur arrive à convaincre sa victime qu’elle est responsable de son comportement. Dans cette relation biaisée, au sein d’un environnement instable où la victime est la seule à se remettre en question, elle en arrive à s’enfermer elle-même en acceptant la vision déformée qui lui est projetée et en s’accablant de tous les torts.

Sortir de cette prison, c’est non seulement remettre en cause un schéma de pensée dans lequel la victime est convaincue qu’elle doit se dévouer corps et âme pour les autres, mais aussi mettre à jour une vulnérabilité affective et un besoin d’amour et d’attention qui n’a jamais été comblé. L’auteure présente ces obstacles inhérents à l’histoire de la victime qui l’empêchent de se donner de l’importance, de choisir selon ses besoins et ses envies, ou de s’autoriser à être elle-même. Pour être pérenne, la démarche de libération doit s’accompagner d’un suivi en thérapie afin de construire ou reconstruire une identité abimée par la relation conjugale.

L’auteure compare la rencontre avec un emprisonneur à un accident lié à un chauffard avec le choc du traumatisme et la longue convalescence qui suit, à l’exception près que les violences psychologiques ne laissent pas de traces visibles. Ce livre permet de comprendre le vécu des victimes, qui souvent ne sont pas entendues car leurs bourreaux, spécialistes de l’enfumage mental, sont aussi convaincants qu’effrayants. Surtout, l’auteure présente les phases de la libération, qui sera d’abord physique, puis psychique jusqu’à ce que la victime n’en soit plus une, car elle aura réussi à s’émanciper, à se connaître, à s’aimer et à se protéger. 

Boulimie Anorexie Guide de survie

Un guide abordant une problématique complexe avec des mots simples et des conseils pour mieux comprendre, vivre avec ou accompagner un proche aux prises avec la boulimie ou l’anorexie.

L’auteure est psychologue et elle-même une ancienne boulimique, c’est ce qui lui permet d’avoir cette approche pertinente de ce sujet et des leviers permettant d’entrevoir une évolution positive.

Je trouve toujours beaucoup d’intérêt aux témoignages des personnes qui ont traversé des périodes difficiles et s’en sont sorties. Dans ce livre, Catherine Hervais s’appuie non seulement sur son parcours personnel mais également sur ses connaissances de la psychologie et sur son expérience de terrain auprès de patients (et plus souvent de patientes) souffrant de boulimie ou d’anorexie.

Les troubles alimentaires sont des problématiques complexes qui peuvent être considérées comme relevant de l’addiction. Car l’addiction, ce n’est pas forcément la consommation excessive d’une substance, d’un comportement, d’aliments, c’est le fait que la majorité, voire la totalité des pensées d’une personne soient focalisées sur ce sujet. Ce fonctionnement est généralement le produit de carences affectives précoces, réelles ou ressenties, avec l’adoption par le psychisme d’une dérivation de l’angoisse associée. Ce sont des comportements ayant  un ancrage profond et qui nécessitent une prise en charge thérapeutique.

Dans son guide, Catherine Hervais conseille sur le type de thérapie qui lui semble la plus adaptée à ces troubles en indiquant pourquoi la psychanalyse ou les TCC qui seraient axées uniquement sur le contrôle du comportement lié à la nourriture ne viennent pas traiter le problème de fond. Car, ses explications montrent qu’il s’agit plutôt d’un trouble affectif et relationnel dans lequel la préoccupation pour la nourriture et les crises viennent apaiser une souffrance indicible. Ainsi, en comprenant les rouages sous-jacents, l’entourage peut adopter un accompagnement bénéfique à leur proche en évitant les conseils, les reproches ou encore en pensant qu’il est uniquement question de volonté. L’auteure détaille également les difficultés auxquelles la famille d’une personne souffrant de troubles alimentaires peut être soumise. Là encore, des pistes sont proposées afin que chacun parvienne à se préserver et à ce que les interactions permettent d’envisager une évolution positive.

Un suivi médical, une approche thérapeutique axée sur la quête d’identité et l’amélioration des relations, des échanges au sein de groupes thérapeutiques, une hospitalisation et un traitement médicamenteux si nécessaire, Catherine Hervais présente les modalités de prise en charge de ces problématiques difficiles, mortelles pour certains, mais surmontables pour d’autres. Un livre emprunt de pragmatisme et d’espoir à lire pour toutes les personnes concernées et leur entourage.

Le trouble borderline expliqué aux proches

Le trouble borderline ou état-limite abordé par le biais d’entretiens de psychoéducation entre un médecin psychiatre et les proches d’une personne affectée par ces difficultés émotionnelles et relationnelles. Les questions posées font le tour des préoccupations liées à ce fonctionnement, de sa définition à son apparition en passant par les modalités d’interaction en cas de crise et les accompagnements thérapeutiques. Publié en 2021, les explications font état des dernières avancées sur ce trouble complexe.

Les échanges et explications sont données aux proches de Julie afin de mieux comprendre le fonctionnement de leur fille, sœur, petite amie hypersensible aux interactions relationnelles et d’améliorer leurs relations.

Les questions posées font sentir le caractère déconcertant de cette jeune femme et l’ambivalence de ses proches qui l’aiment mais souffrent de certaines exigences ou instabilités. Au fil des explications qui détaillent les ressentis émotionnels, les facteurs de vulnérabilité, la maturation émotionnelle ou encore l’impact des traumatismes, l’expert apporte les éléments de compréhension de l’apparition de ce trouble et les souffrances internes vécues par ceux et majoritairement celles qui sont touchés.

L’impact du trouble borderline sur la personnalité est important, provoquant des réactions déroutantes sur lesquelles la personne n’a pas de contrôle. Avoir des connaissances sur ce qui se joue dans ces interactions est primordial pour l’entourage afin de limiter l’impact émotionnel qu’ils peuvent éprouver et d’adapter, dans la mesure du possible, leur comportement pour accompagner leur proche pendant les périodes de crise. Bien entendu, le trouble borderline nécessite une prise en charge thérapeutique et par moment médicamenteuses par le biais de thérapies qui abordent la gestion des émotions, le développement de l’empathie et l’apprentissage d’une reconnaissance et compréhension de ses fonctionnements internes.

Ce qui est touchant dans ce livre, ce sont les remises en question des proches de Julie, qui s’approprient les explications de l’expert comme pistes d’évolution personnelle. L’objectif de chacun étant de pouvoir établir des relations plus respectueuses, envers Julie autant qu’envers eux-même. Un bel exemple de l’intérêt de la psychoéducation dans la prise en charge des troubles psychiques.

Le trauma et le corps – Partie 1 :Théorie

Le traitement des traumatismes et de leurs séquelles est un enjeu important de nombreux suivis thérapeutiques. Ce livre propose une approche centrée sur les réactions corporelles et sur l’intégration d’un fonctionnement corps-esprit cohérent.

Développée aux Etats-Unis, la psychothérapie sensorimotrice se base sur une approche neuroscientifique des traumatismes à travers les mécanismes qu’ils créent dans le cerveau.

Cette lecture est édifiante et nécessite bien deux articles pour présenter les deux parties du livre concernant la théorie et le traitement.

La première partie du livre présente les bases théoriques ayant amené la création de cette approche sensorimotrice de la psychothérapie.

Le constat a été fait que les sujets traumatisés ont tendance à être ramené au cœur de la ou des situations traumatiques qu’ils n’ont pas pu élaborer, amenant à réagir à certains stimuli (odeur, son, image…) par des réponses irrationnelles.

Les études par neuro imagerie montrent que, chez ces patients, les émotions débordent empêchant la possibilité de reconnaître ce qu’ils ressentent. Cela crée des sensations de vide existentiel avec des réponses d’effondrement ou d’explosion dans des circonstances d’irritations mineures. Le principe de la thérapie sensorimotrice est donc de se concentrer sur les sensations dans le moment présent afin de les décrire, de les apprivoiser pour parvenir à les maîtriser.

L’auteure rappelle la structure hiérarchique du cerveau avec le cerveau reptilien qui gouverne l’homéostasie de l’organise, le cerveau limbique agissant comme médiateur de l’émotion et le néocortex permettant la conscience réflexive et la pensée conscientisée. Elle détaille deux modes de traitement cognitif, le traitement ascendant que l’on retrouve chez les enfants qui n’ont pas encore la capacité d’élaborer au sujet de ce qu’ils ressentent et le traitement descendant qui est le fondement d’une partie de l’activité des adultes. Or, chez les personnes ayant subi des traumatismes, c’est le traitement ascendant qui va prendre le pas, empêchant par la-même la rationalisation des évènements ou la possibilité de choisir sa réaction. Au lieu de se trouver dans une fenêtre de tolérance amenant à pouvoir élaborer et communiquer, le sujet peut se situer en situation d’hyperactivation avec des réponses de fuite ou de combat, ou en hypoactivation avec une réponse d’immobilisation, de figement.

La thérapie a ainsi pour objectif de permettre au patient de rester dans sa fenêtre de tolérance qu’il pourra élargir au fur et à mesure, à son rythme, sans plonger dans des réflexes qui lui sont néfastes. Une barrière à cet objectif est liée à la construction de l’attachement des patients, présentant pour beaucoup des modalités d’attachement insecure. Les échanges et la mise en sécurité du patient au sein des séances, ainsi qu’un travail autour de l’expérience de plaisir et de joie afin de légitimer les affects positifs, sont des pistes pour amener une évolution positive au niveau des enjeux relationnels.

Parmi les systèmes défensifs pouvant être activés chez les personnes traumatisés, revient celui de figement, souvent présents dans les situations d’abus chronique. L’auteure explique l’importance de reconnaitre cette tendance à la soumission comme un comportement défensif et non comme un accord conscient. Cette mécanique étant souvent utilisée par les abuseurs pour obtenir la docilité de leurs victimes.

Des éléments préconisés par l’approche sensorimotrice de la thérapie sont distillés dans cette première partie comme le travail autour de la fenêtre de tolérance, l’usage de la pleine conscience, l’interaction avec le patient pour s’assurer qu’il se sente en sécurité…

Tout cela sera détaillé dans la seconde partie consacrée au traitement du trauma.

Ces mères qui ne savent pas aimer

 

Un livre écrit pour décrypter le lien mère-fille et les traumatismes pouvant être causés par une mère mal aimante. Susan Forward présente cinq types de personnalités maternelles causant des dommages sur les petites filles qu’elles élèvent, dommages qui persistent dans leur vie d’adulte. A travers l’exemple de ses patientes, l’auteur donne des solutions pour s’extirper de ce lien complexe et s’autoriser à vivre sa vie sans la lourdeur des souffrances du passé.

Pour introduire son livre, la psychothérapeute Susan Forward place le décor en cassant le mythe d’une mère qui serait forcément aimante et bienveillante. La réalité de nombreuses personnes est malheureusement très différente de cette expérience idéalisée d’amour inconditionnel, d’écoute et d’empathie, de soutien et de sécurité. Et les difficultés d’établissement d’un lien affectif stable et serein se retrouvent dans le quotidien de nombreuses femmes adultes.

L’auteure présente cinq profil de ces mères qui n’ont pas su aimer leurs petites filles ainsi que l’impact que ces personnalités ont pu avoir sur la construction de l’adulte qu’elles sont devenues. Ainsi sont décrits les fonctionnements de la mère maladivement narcissique, la mère maladivement accaparante, la mère “control freak”, des mères qui ont besoin d’être maternées et des mères qui négligent, trahissent et battent. Tout autant de profils qui ne sont pas en mesure d’apporter à leur enfant l’accompagnement dont ils ont besoin pour se construire correctement. Le discours de ce livre est celui d’une femme compréhensive et bienveillante qui a pour objectif de mettre à jour des dysfonctionnements occasionnant de la souffrance afin de trouver des voies de résolution. Elle sait que ses propos peuvent être douloureux et encourage les lectrices à progresser à leur rythme dans le livre et à se faire accompagner par un thérapeute dans le cas où les émotions soulevées seraient trop intenses.

Identifier des caractéristiques d’une mère mal-aimante est la première étape pour se reconstruire et l’auteure accompagne la suite du processus. A partir de son travail auprès de femmes, Susan Forward présente les étapes permettant de ne plus s’encombrer de ces comportements et des séquelles qu’ils ont laissé afin que ses patientes deviennent libres de s’émanciper et de vivre leur vie comme elles l’entendent. Le parcours est cependant difficile puisqu’il passe par l’acceptation des émotions douloureuses afin de surmonter colère et chagrin, de faire le deuil de cette mère qu’elles auraient aimé avoir et d’amorcer le changement permettant de se construire en tant qu’adulte.

Le travail thérapeutique mené par l’auteure avec ses patientes apporte beaucoup d’espoir sur les possibilités de se défaire des messages intérieurs induits par les manquements de ces mères par rapport aux besoins de leurs filles. Ces femmes traversent des épreuves difficiles, souffrent, et pourtant, elles parviennent à s’extirper d’un schéma toxique qu’elles ne reproduiront pas sur leurs propres enfants.

Je me pose maintenant la question de l’impact que ces types de mère peuvent avoir sur leurs petits garçons, en espérant trouver une prochaine lecture sur le sujet…

Les victimes de pervers narcissiques

Vaste sujet que celui de la perversion  narcissique, un terme parfois employé à toutes les sauces alors que les situations vécues par les victimes sont terribles.

Ce livre est synthétique, clair,  et centré sur les victimes: Pourquoi elles? Quelles sont leurs failles? Comment peuvent-elles se sortir de l’emprise? Par quels moyens peuvent-elles parvenir à quitter cette relation qui les annihile et se reconstruire?

Un essentiel à lire pour savoir de quoi on parle sur ce sujet controversé et surtout pour pouvoir apporter le soutien nécessaire à celles et ceux qui subissent les effets d’être tombé entre les griffes d’un ou d’une pervers.e narcissique.

Comprendre la construction d’une relation d’emprise et l’enfermement dans lequel se trouve la victime est complexe. Avec un regard extérieur, la toxicité d’une relation et la nécessité d’y mettre fin sont souvent évidentes, mais pour la personne engluée dans ce marasme, c’est tout autre chose. Car ici, il s’agit de micro-violences permanentes, de mots, attitudes, réactions qui racontées semblent insignifiantes, presque normales dans une relation. Pourtant, ce harcèlement quotidien est orchestré par un maître dans l’art de la manipulation dont l’objectif est de rendre l’autre dépendant, de s’en nourrir, de détruire son identité. Sombres desseins difficiles à croire lorsqu’on croise ces rois et reines du mensonge et du contrôle des apparences.

La victime, qu’elle soit un conjoint, un enfant, un collègue est soumise à un stress permanent équivalent à une menace de mort occasionnant des dommages pour sa santé physique et surtout mentale. Le cerveau met alors en place des mécanismes de défense qui enferment la victime dans la relation : déni, idéalisation, clivage, dissociation, identification à l’agresseur (syndrome de Stockolm). Toute tentative de mettre fin à la relation étant savamment sabotée par le PN qui n’accepte pas de libérer sa proie, la victime a besoin d’une importante force interne pour réussir à partir.

Le soutien thérapeutique pour prendre conscience des abus et renouer avec son identité est essentiel. L’auteure présente de nombreux conseils pour accompagner les victimes et leur permettre de créer un espace psychique sécurisé : cohérence cardiaque, pleine conscience, connexion corporelle, identification des ressentis. La relation avec un ou une PN est une forme de fusion doublée d’une addiction, qui provient de l’endorphine secrétée lorsque la situation s’apaise après avoir subit une micro-violence. La victime vit des montagnes russes émotives en permanence, elle apprécie le calme et s’habitue à gérer la tempête.

L’auteure explique les mécanismes d’instauration de la relation, avec des failles narcissiques pour les deux protagonistes, l’un empathique se reconnaissant dans la douleur de l’autre et désirant le sauver, l’autre utilisant ces valeurs altruistes pour dominer et détruire afin de se préserver de ses souffrances qu’il ne veut pas éprouver. Cette analyse est très bien expliquée par le biais du modèle de l’analyse transactionnelle (Eric Berne) qui identifie les parties Enfant, Adulte et Parent qui composent notre personnalité et comment elles raisonnent avec celles de l’autre.

Alors, comment se sortir de ce piège ? Un accompagnement thérapeutique est primordial pour la victime. Le parcours de sortie de l’emprise et de reconstruction est difficile, chaotique et dangereux. Le thérapeute doit assurer une écoute empathique, sans jugement, sans interventionnisme pour laisser émerger la structure de l’identité de la victime : ses valeurs, ses besoins, ses envies, ses passions… Il est nécessaire de construire estime de soi, confiance en soi et affirmation de soi car bien souvent, la victime est incapable de poser ses limites. L’EMDR est une technique thérapeutique particulièrement utile pour déconstruire la fausse réalité implantée dans l’esprit de la victime par le PN, qui la dénigre et la rend impuissante.

Les mécanismes de transmission transgénérationnelle de cette pathologie sont également abordés. Les impacts d’une enfance sous l’hégémonie d’un parent PN causent des dommages considérables. Il est essentiel que tous ceux qui subissent ou ont subit ces micro-violences puissent trouver soutien, écoute et bienveillance. Ce livre est une ressource précieuse dans la guérison des traumatismes causés par les pervers.es narcissiques.

Réveiller le tigre

Le traumatisme est un enjeu majeur de la santé mentale. Peter Levine propose une lecture du traumatisme en s’intéressant aux réactions les plus archaïques qu’il peut susciter. En cas de danger, l’homme, tout comme l’animal, peut combattre, fuir ou se figer, mais contrairement aux proies animales, l’homme possède également un cerveau émotionnel et cognitif, une mémoire possiblement traumatique qui peuvent être impactés durablement par un évènement traumatique. Ce livre propose une lecture intéressante des mécanismes permettant de surmonter le traumatisme. 

Le terme “traumatisme” est utilisé dans l’ouvrage comme “l’ensemble des troubles résultant de l’action d’un agent extérieur et non comme l’évènement lui-même.” Plus précisément, le traumatisme est la conséquence de la réaction du système nerveux de la personne à un évènement qui a dépassé sa capacité à y faire face par une réponse sensori-motrice adaptée. Car, le figement, qui est souvent à l’oeuvre  et plus particulièrement chez les enfants qui n’ont aucun moyen d’échapper à des violences, est à l’origine de symptômes somatiques, comportementaux, relationnels, émotionnels et cognitifs décrits dans les troubles anxieux post-traumatiques.

Le traitement du traumatisme est un sujet délicat, car il existe un risque important que la reviviscence des évènements soit plus traumatisante que curative. Pour autant, lorsqu’un traumatisme guérit, une transformation s’opère qui améliore la qualité de vie. L’approche de Peter Levine ne consiste donc pas à raconter les scènes, à ressortir les souvenirs, à tenter de retracer le déroulement des évènements, mais se concentre sur la possibilité de sortir du figement. “Le traumatisme est si puissant que les personnes traumatisées restent braquées sur lui de façon compulsive et, ce faisant, les circonstances qui les ont vaincues une première fois les vaincront encore et encore. Si nous dirigeons notre attention sur ces sensations corporelles internes plutôt que d’attaquer directement le traumatisme, nous pouvons dénouer et libérer les énergies qui ont été bloquées depuis l’évènement traumatique.”

L’auteur présente les impacts psychiques du traumatisme qui se caractérise par de l’impuissance chronique, une hypervigilance, une inaptitude à apprendre de nouveaux comportements associés à une tentative d’interpréter des états internes discontinus ou inexplicables. “Sortir de l’amnésie ou du déni demande beaucoup de courage et la quantité d’énergie libérée alors peut être considérable. Elle ne doit pas être sous-estimée.”

L’homme est une espèce extrêmement vulnérable au traumatisme et pourtant, elle en génère et en subit constamment. Car, malheureusement, le traumatisme crée un besoin irrépressible de “remise en acte” quand nous restons inconscient de son impact. Nombre d’adultes reproduisent les violences (physiques, verbales, sexuelles…) qu’ils ont eux-même subit dans leur enfance, propageant le traumatisme sur plusieurs générations, sans compter les guerres, le terrorisme ou d’autres horreurs. Pour l’auteur, chacun doit s’efforcer de guérir ses traumatismes si l’on souhaite pouvoir vivre en paix, et tout d’abord, il est important de protéger les enfants. “Permettre aux enfants d’explorer avec curiosité leur environnement et d’établir des liens chaleureux semble constituer des antidotes aux effets de la violence et de la désorganisation.”