Les prisons familiales

Les violences intra-familiales sont terrifiantes et difficiles à appréhender. Dans ce livre, Anne-Laure Buffet décrit les mécaniques de ces prisons familiales dans lesquelles s’exerce harcèlement moral et contrôle d’un membre de la famille par un autre. Cet emprisonnement est réalisé à coup de réflexions, de critiques, de dévalorisations et de culpabilisations qui pourraient paraître anodines lorsqu’on les prend séparément mais qui, accumulées les unes avec les autres amènent à la destruction psychique de l’autre.

« Se reconnaître victime pour ne plus jamais l’être ». L’auteure présente l’objectif de ce livre comme un ouvrage de vérité qui présente la situation et qui explique les mécaniques psychiques en jeu dans les situations de violences intrafamiliales et d’emprise. Différentes étapes doivent être franchies par les victimes pour se sortir des griffes de leur tortionnaire, la première étant de reconnaître la réalité des violences exercées par leur conjoint. De nombreuses défenses psychiques, bien compréhensibles, empêchent de voir ce qui se trame, car comme souvent dans les situations de violence, et encore plus lorsqu’il s’agit de violences psychologiques, l’agresseur arrive à convaincre sa victime qu’elle est responsable de son comportement. Dans cette relation biaisée, au sein d’un environnement instable où la victime est la seule à se remettre en question, elle en arrive à s’enfermer elle-même en acceptant la vision déformée qui lui est projetée et en s’accablant de tous les torts.

Sortir de cette prison, c’est non seulement remettre en cause un schéma de pensée dans lequel la victime est convaincue qu’elle doit se dévouer corps et âme pour les autres, mais aussi mettre à jour une vulnérabilité affective et un besoin d’amour et d’attention qui n’a jamais été comblé. L’auteure présente ces obstacles inhérents à l’histoire de la victime qui l’empêchent de se donner de l’importance, de choisir selon ses besoins et ses envies, ou de s’autoriser à être elle-même. Pour être pérenne, la démarche de libération doit s’accompagner d’un suivi en thérapie afin de construire ou reconstruire une identité abimée par la relation conjugale.

L’auteure compare la rencontre avec un emprisonneur à un accident lié à un chauffard avec le choc du traumatisme et la longue convalescence qui suit, à l’exception près que les violences psychologiques ne laissent pas de traces visibles. Ce livre permet de comprendre le vécu des victimes, qui souvent ne sont pas entendues car leurs bourreaux, spécialistes de l’enfumage mental, sont aussi convaincants qu’effrayants. Surtout, l’auteure présente les phases de la libération, qui sera d’abord physique, puis psychique jusqu’à ce que la victime n’en soit plus une, car elle aura réussi à s’émanciper, à se connaître, à s’aimer et à se protéger.

Boulimie Anorexie Guide de survie

Un guide abordant une problématique complexe avec des mots simples et des conseils pour mieux comprendre, vivre avec ou accompagner un proche aux prises avec la boulimie ou l’anorexie.

L’auteure est psychologue et elle-même une ancienne boulimique, c’est ce qui lui permet d’avoir cette approche pertinente de ce sujet et des leviers permettant d’entrevoir une évolution positive.

Je trouve toujours beaucoup d’intérêt aux témoignages des personnes qui ont traversé des périodes difficiles et s’en sont sorties. Dans ce livre, Catherine Hervais s’appuie non seulement sur son parcours personnel mais également sur ses connaissances de la psychologie et sur son expérience de terrain auprès de patients (et plus souvent de patientes) souffrant de boulimie ou d’anorexie.

Les troubles alimentaires sont des problématiques complexes qui peuvent être considérées comme relevant de l’addiction. Car l’addiction, ce n’est pas forcément la consommation excessive d’une substance, d’un comportement, d’aliments, c’est le fait que la majorité, voire la totalité des pensées d’une personne soient focalisées sur ce sujet. Ce fonctionnement est généralement le produit de carences affectives précoces, réelles ou ressenties, avec l’adoption par le psychisme d’une dérivation de l’angoisse associée. Ce sont des comportements ayant  un ancrage profond et qui nécessitent une prise en charge thérapeutique.

Dans son guide, Catherine Hervais conseille sur le type de thérapie qui lui semble la plus adaptée à ces troubles en indiquant pourquoi la psychanalyse ou les TCC qui seraient axées uniquement sur le contrôle du comportement lié à la nourriture ne viennent pas traiter le problème de fond. Car, ses explications montrent qu’il s’agit plutôt d’un trouble affectif et relationnel dans lequel la préoccupation pour la nourriture et les crises viennent apaiser une souffrance indicible. Ainsi, en comprenant les rouages sous-jacents, l’entourage peut adopter un accompagnement bénéfique à leur proche en évitant les conseils, les reproches ou encore en pensant qu’il est uniquement question de volonté. L’auteure détaille également les difficultés auxquelles la famille d’une personne souffrant de troubles alimentaires peut être soumise. Là encore, des pistes sont proposées afin que chacun parvienne à se préserver et à ce que les interactions permettent d’envisager une évolution positive.

Un suivi médical, une approche thérapeutique axée sur la quête d’identité et l’amélioration des relations, des échanges au sein de groupes thérapeutiques, une hospitalisation et un traitement médicamenteux si nécessaire, Catherine Hervais présente les modalités de prise en charge de ces problématiques difficiles, mortelles pour certains, mais surmontables pour d’autres. Un livre emprunt de pragmatisme et d’espoir à lire pour toutes les personnes concernées et leur entourage.

Le trauma et le corps – Partie 1 :Théorie

Le traitement des traumatismes et de leurs séquelles est un enjeu important de nombreux suivis thérapeutiques. Ce livre propose une approche centrée sur les réactions corporelles et sur l’intégration d’un fonctionnement corps-esprit cohérent.

Développée aux Etats-Unis, la psychothérapie sensorimotrice se base sur une approche neuroscientifique des traumatismes à travers les mécanismes qu’ils créent dans le cerveau.

Cette lecture est édifiante et nécessite bien deux articles pour présenter les deux parties du livre concernant la théorie et le traitement.

La première partie du livre présente les bases théoriques ayant amené la création de cette approche sensorimotrice de la psychothérapie.

Le constat a été fait que les sujets traumatisés ont tendance à être ramené au cœur de la ou des situations traumatiques qu’ils n’ont pas pu élaborer, amenant à réagir à certains stimuli (odeur, son, image…) par des réponses irrationnelles.

Les études par neuro imagerie montrent que, chez ces patients, les émotions débordent empêchant la possibilité de reconnaître ce qu’ils ressentent. Cela crée des sensations de vide existentiel avec des réponses d’effondrement ou d’explosion dans des circonstances d’irritations mineures. Le principe de la thérapie sensorimotrice est donc de se concentrer sur les sensations dans le moment présent afin de les décrire, de les apprivoiser pour parvenir à les maîtriser.

L’auteure rappelle la structure hiérarchique du cerveau avec le cerveau reptilien qui gouverne l’homéostasie de l’organise, le cerveau limbique agissant comme médiateur de l’émotion et le néocortex permettant la conscience réflexive et la pensée conscientisée. Elle détaille deux modes de traitement cognitif, le traitement ascendant que l’on retrouve chez les enfants qui n’ont pas encore la capacité d’élaborer au sujet de ce qu’ils ressentent et le traitement descendant qui est le fondement d’une partie de l’activité des adultes. Or, chez les personnes ayant subi des traumatismes, c’est le traitement ascendant qui va prendre le pas, empêchant par la-même la rationalisation des évènements ou la possibilité de choisir sa réaction. Au lieu de se trouver dans une fenêtre de tolérance amenant à pouvoir élaborer et communiquer, le sujet peut se situer en situation d’hyperactivation avec des réponses de fuite ou de combat, ou en hypoactivation avec une réponse d’immobilisation, de figement.

La thérapie a ainsi pour objectif de permettre au patient de rester dans sa fenêtre de tolérance qu’il pourra élargir au fur et à mesure, à son rythme, sans plonger dans des réflexes qui lui sont néfastes. Une barrière à cet objectif est liée à la construction de l’attachement des patients, présentant pour beaucoup des modalités d’attachement insecure. Les échanges et la mise en sécurité du patient au sein des séances, ainsi qu’un travail autour de l’expérience de plaisir et de joie afin de légitimer les affects positifs, sont des pistes pour amener une évolution positive au niveau des enjeux relationnels.

Parmi les systèmes défensifs pouvant être activés chez les personnes traumatisés, revient celui de figement, souvent présents dans les situations d’abus chronique. L’auteure explique l’importance de reconnaitre cette tendance à la soumission comme un comportement défensif et non comme un accord conscient. Cette mécanique étant souvent utilisée par les abuseurs pour obtenir la docilité de leurs victimes.

Des éléments préconisés par l’approche sensorimotrice de la thérapie sont distillés dans cette première partie comme le travail autour de la fenêtre de tolérance, l’usage de la pleine conscience, l’interaction avec le patient pour s’assurer qu’il se sente en sécurité…

Tout cela sera détaillé dans la seconde partie consacrée au traitement du trauma.

Ces mères qui ne savent pas aimer

Un livre écrit pour décrypter le lien mère-fille et les traumatismes pouvant être causés par une mère mal aimante. Susan Forward présente cinq types de personnalités maternelles causant des dommages sur les petites filles qu’elles élèvent, dommages qui persistent dans leur vie d’adulte. A travers l’exemple de ses patientes, l’auteur donne des solutions pour s’extirper de ce lien complexe et s’autoriser à vivre sa vie sans la lourdeur des souffrances du passé.

Pour introduire son livre, la psychothérapeute Susan Forward place le décor en cassant le mythe d’une mère qui serait forcément aimante et bienveillante. La réalité de nombreuses personnes est malheureusement très différente de cette expérience idéalisée d’amour inconditionnel, d’écoute et d’empathie, de soutien et de sécurité. Et les difficultés d’établissement d’un lien affectif stable et serein se retrouvent dans le quotidien de nombreuses femmes adultes.

L’auteure présente cinq profil de ces mères qui n’ont pas su aimer leurs petites filles ainsi que l’impact que ces personnalités ont pu avoir sur la construction de l’adulte qu’elles sont devenues. Ainsi sont décrits les fonctionnements de la mère maladivement narcissique, la mère maladivement accaparante, la mère « control freak », des mères qui ont besoin d’être maternées et des mères qui négligent, trahissent et battent. Tout autant de profils qui ne sont pas en mesure d’apporter à leur enfant l’accompagnement dont ils ont besoin pour se construire correctement. Le discours de ce livre est celui d’une femme compréhensive et bienveillante qui a pour objectif de mettre à jour des dysfonctionnements occasionnant de la souffrance afin de trouver des voies de résolution. Elle sait que ses propos peuvent être douloureux et encourage les lectrices à progresser à leur rythme dans le livre et à se faire accompagner par un thérapeute dans le cas où les émotions soulevées seraient trop intenses.

Identifier des caractéristiques d’une mère mal-aimante est la première étape pour se reconstruire et l’auteure accompagne la suite du processus. A partir de son travail auprès de femmes, Susan Forward présente les étapes permettant de ne plus s’encombrer de ces comportements et des séquelles qu’ils ont laissé afin que ses patientes deviennent libres de s’émanciper et de vivre leur vie comme elles l’entendent. Le parcours est cependant difficile puisqu’il passe par l’acceptation des émotions douloureuses afin de surmonter colère et chagrin, de faire le deuil de cette mère qu’elles auraient aimé avoir et d’amorcer le changement permettant de se construire en tant qu’adulte.

Le travail thérapeutique mené par l’auteure avec ses patientes apporte beaucoup d’espoir sur les possibilités de se défaire des messages intérieurs induits par les manquements de ces mères par rapport aux besoins de leurs filles. Ces femmes traversent des épreuves difficiles, souffrent, et pourtant, elles parviennent à s’extirper d’un schéma toxique qu’elles ne reproduiront pas sur leurs propres enfants.

Je me pose maintenant la question de l’impact que ces types de mère peuvent avoir sur leurs petits garçons, en espérant trouver une prochaine lecture sur le sujet…

Les victimes de pervers narcissiques

Vaste sujet que celui de la perversion  narcissique, un terme parfois employé à toutes les sauces alors que les situations vécues par les victimes sont terribles.

Ce livre est synthétique, clair,  et centré sur les victimes: Pourquoi elles? Quelles sont leurs failles? Comment peuvent-elles se sortir de l’emprise? Par quels moyens peuvent-elles parvenir à quitter cette relation qui les annihile et se reconstruire?

Un essentiel à lire pour savoir de quoi on parle sur ce sujet controversé et surtout pour pouvoir apporter le soutien nécessaire à celles et ceux qui subissent les effets d’être tombé entre les griffes d’un ou d’une pervers.e narcissique.

Comprendre la construction d’une relation d’emprise et l’enfermement dans lequel se trouve la victime est complexe. Avec un regard extérieur, la toxicité d’une relation et la nécessité d’y mettre fin sont souvent évidentes, mais pour la personne engluée dans ce marasme, c’est tout autre chose. Car ici, il s’agit de micro-violences permanentes, de mots, attitudes, réactions qui racontées semblent insignifiantes, presque normales dans une relation. Pourtant, ce harcèlement quotidien est orchestré par un maître dans l’art de la manipulation dont l’objectif est de rendre l’autre dépendant, de s’en nourrir, de détruire son identité. Sombres desseins difficiles à croire lorsqu’on croise ces rois et reines du mensonge et du contrôle des apparences.

La victime, qu’elle soit un conjoint, un enfant, un collègue est soumise à un stress permanent équivalent à une menace de mort occasionnant des dommages pour sa santé physique et surtout mentale. Le cerveau met alors en place des mécanismes de défense qui enferment la victime dans la relation : déni, idéalisation, clivage, dissociation, identification à l’agresseur (syndrome de Stockolm). Toute tentative de mettre fin à la relation étant savamment sabotée par le PN qui n’accepte pas de libérer sa proie, la victime a besoin d’une importante force interne pour réussir à partir.

Le soutien thérapeutique pour prendre conscience des abus et renouer avec son identité est essentiel. L’auteure présente de nombreux conseils pour accompagner les victimes et leur permettre de créer un espace psychique sécurisé : cohérence cardiaque, pleine conscience, connexion corporelle, identification des ressentis. La relation avec un ou une PN est une forme de fusion doublée d’une addiction, qui provient de l’endorphine secrétée lorsque la situation s’apaise après avoir subit une micro-violence. La victime vit des montagnes russes émotives en permanence, elle apprécie le calme et s’habitue à gérer la tempête.

L’auteure explique les mécanismes d’instauration de la relation, avec des failles narcissiques pour les deux protagonistes, l’un empathique se reconnaissant dans la douleur de l’autre et désirant le sauver, l’autre utilisant ces valeurs altruistes pour dominer et détruire afin de se préserver de ses souffrances qu’il ne veut pas éprouver. Cette analyse est très bien expliquée par le biais du modèle de l’analyse transactionnelle (Eric Berne) qui identifie les parties Enfant, Adulte et Parent qui composent notre personnalité et comment elles raisonnent avec celles de l’autre.

Alors, comment se sortir de ce piège ? Un accompagnement thérapeutique est primordial pour la victime. Le parcours de sortie de l’emprise et de reconstruction est difficile, chaotique et dangereux. Le thérapeute doit assurer une écoute empathique, sans jugement, sans interventionnisme pour laisser émerger la structure de l’identité de la victime : ses valeurs, ses besoins, ses envies, ses passions… Il est nécessaire de construire estime de soi, confiance en soi et affirmation de soi car bien souvent, la victime est incapable de poser ses limites. L’EMDR est une technique thérapeutique particulièrement utile pour déconstruire la fausse réalité implantée dans l’esprit de la victime par le PN, qui la dénigre et la rend impuissante.

Les mécanismes de transmission transgénérationnelle de cette pathologie sont également abordés. Les impacts d’une enfance sous l’hégémonie d’un parent PN causent des dommages considérables. Il est essentiel que tous ceux qui subissent ou ont subit ces micro-violences puissent trouver soutien, écoute et bienveillance. Ce livre est une ressource précieuse dans la guérison des traumatismes causés par les pervers.es narcissiques.

Réveiller le tigre

Le traumatisme est un enjeu majeur de la santé mentale. Peter Levine propose une lecture du traumatisme en s’intéressant aux réactions les plus archaïques qu’il peut susciter. En cas de danger, l’homme, tout comme l’animal, peut combattre, fuir ou se figer, mais contrairement aux proies animales, l’homme possède également un cerveau émotionnel et cognitif, une mémoire possiblement traumatique qui peuvent être impactés durablement par un évènement traumatique. Ce livre propose une lecture intéressante des mécanismes permettant de surmonter le traumatisme. 

Le terme « traumatisme » est utilisé dans l’ouvrage comme « l’ensemble des troubles résultant de l’action d’un agent extérieur et non comme l’évènement lui-même. » Plus précisément, le traumatisme est la conséquence de la réaction du système nerveux de la personne à un évènement qui a dépassé sa capacité à y faire face par une réponse sensori-motrice adaptée. Car, le figement, qui est souvent à l’oeuvre  et plus particulièrement chez les enfants qui n’ont aucun moyen d’échapper à des violences, est à l’origine de symptômes somatiques, comportementaux, relationnels, émotionnels et cognitifs décrits dans les troubles anxieux post-traumatiques.

Le traitement du traumatisme est un sujet délicat, car il existe un risque important que la reviviscence des évènements soit plus traumatisante que curative. Pour autant, lorsqu’un traumatisme guérit, une transformation s’opère qui améliore la qualité de vie. L’approche de Peter Levine ne consiste donc pas à raconter les scènes, à ressortir les souvenirs, à tenter de retracer le déroulement des évènements, mais se concentre sur la possibilité de sortir du figement. « Le traumatisme est si puissant que les personnes traumatisées restent braquées sur lui de façon compulsive et, ce faisant, les circonstances qui les ont vaincues une première fois les vaincront encore et encore. Si nous dirigeons notre attention sur ces sensations corporelles internes plutôt que d’attaquer directement le traumatisme, nous pouvons dénouer et libérer les énergies qui ont été bloquées depuis l’évènement traumatique. »

L’auteur présente les impacts psychiques du traumatisme qui se caractérise par de l’impuissance chronique, une hypervigilance, une inaptitude à apprendre de nouveaux comportements associés à une tentative d’interpréter des états internes discontinus ou inexplicables. « Sortir de l’amnésie ou du déni demande beaucoup de courage et la quantité d’énergie libérée alors peut être considérable. Elle ne doit pas être sous-estimée. »

L’homme est une espèce extrêmement vulnérable au traumatisme et pourtant, elle en génère et en subit constamment. Car, malheureusement, le traumatisme crée un besoin irrépressible de « remise en acte » quand nous restons inconscient de son impact. Nombre d’adultes reproduisent les violences (physiques, verbales, sexuelles…) qu’ils ont eux-même subit dans leur enfance, propageant le traumatisme sur plusieurs générations, sans compter les guerres, le terrorisme ou d’autres horreurs. Pour l’auteur, chacun doit s’efforcer de guérir ses traumatismes si l’on souhaite pouvoir vivre en paix, et tout d’abord, il est important de protéger les enfants. « Permettre aux enfants d’explorer avec curiosité leur environnement et d’établir des liens chaleureux semble constituer des antidotes aux effets de la violence et de la désorganisation. »

Guérir des blessures d’attachement

Un livre bien écrit, clair et par moment déstabilisant pour qui se reconnaîtra dans les blessures d’attachement décrites par l’auteure. La théorie de l’attachement de John Bowlby est ici analysée à travers les quatre styles d’attachement. Le premier, que l’on souhaiterait à tout le monde mais qui ne concerne que 50 à 60% de la population est l’attachement sécure, les trois autres sont catégorisés comme insécure. Il s’agit des attachements anxieux, évitant et désorganisé. Outre, le questionnaire permettant de se situer sur son style d’attachement, l’auteure propose de nombreuses pistes d’évolution afin de guider chacun vers un attachement sécure qui, s’il n’a pas été construit dans l’enfance, peut être acquis. 

Gwénaëlle Persiaux a un style d’écriture fluide et bienveillant. Elle entraîne le lecteur dans le coeur des problématiques d’attachement qui se construisent dans l’enfance et se maintiennent à l’âge adulte, entraînant souvent les personnes avec un attachement insecure vers des relations qui ne leur conviennent pas. Dès le début, l’auteure annonce que rien n’est figé, que réaliser quel est son mode d’attachement actuel n’est pas un couperet mais plutôt un premier pas vers une amélioration. Lorsqu’on se reconnaît dans l’un ou l’autre des propos de l’auteure ou des comportements adoptés dans le cadre de relation familiales, amicales ou amoureuses, cela peut secouer. Pour autant, ce livre est aidant, aussi bien pour comprendre les autres que pour se comprendre soi-même et les émotions qu’il peut susciter ne sont que des révélateurs d’une piste d’évolution, d’une marge de progression.

Pour chaque type d’attachement insécure, l’auteure explique la construction du profil depuis l’enfance puis l’illustre avant de présenter les fonctionnements des combinaisons de couples que l’on peut retrouver. Bien entendu, être en couple avec une personne sécure est une opportunité de progresser et de se défaire de ses problématiques d’attachement, mais tout le monde n’a pas cette chance. Et la meilleure évolution que l’on peut trouver est celle que l’on s’offre soi-même en faisant le pas vers un mieux-être, en acceptant de s’investir dans une psychothérapie, en testant des conseils.

Ainsi, l’attachement anxieux, dans lequel les personnes ont peur de l’abandon, de se retrouver seules peut tirer partie d’une recherche de ses propres ressources, de ses points forts, de ses objectifs personnels. L’attachement évitant d’une personne prônant l’indépendance et la débrouillardise peut améliorer la proximité avec elle-même et avec les autres en se reconnectant à son corps, en prenant le temps de ressentir, de laisser les émotions remonter à la surface. Quand à l’attachement désorganisé, qui mélange les deux précédents, il est souvent induit par des traumatismes qui nécessitent une prise en charge adaptée afin de les intégrer, non plus comme des émotions débordantes, mais comme des souvenirs, des passages difficiles que la personne a réussi à surmonter, malgré tout.

Enfin, les piliers qui sont valables pour tous, consistent à restaurer un narcissisme sain, amenant à une bonne estime de soi, sans tomber dans la supériorité ou l’égoïsme. Car, ce qui guérit, ce qui nourrit, ce qui satisfait, ce sont les relations que l’on entretient avec les autres. Il n’y a pas de meilleure manière d’interagir qu’en ayant un attachement sécure et s’il ne découle pas de l’enfance, on peut à tout moment entamer sa construction.    

La puissance réparatrice de votre cerveau

Le cerveau est plastique, il possède des capacités d’apprentissage impressionnantes et ce livre propose de les mettre à profit pour réparer ce qui a pu manquer pendant l’enfance.

En analysant les manques, les souffrances, les besoins non remplis, les croyances erronées que nous avons pu expérimenter et que nous tentons souvent de nier, chaque chapitre propose des exercices afin de prendre soin de soi, de combler soi-même ses carences affectives et de se libérer de schéma contre-productifs, voire auto-destructeurs.

L’enfant se construit en relation avec les autres : figures d’attachement, entourage familial, scolaire… Ces interactions ne sont jamais parfaites et la perception que l’on peut avoir du comportement d’une personne peut laisser une trace qui induit une croyance négative sur soi.

Le principe de ce livre est de proposer des séances d’introspection basée sur des affirmations que l’on peut ressentir en tant qu’adulte :

  • Je me trouve nul/nulle, je ne m’aime pas comme je suis
  • Je manque d’affection
  • Je suis anxieux/anxieuse
  • Je ne sais pas dire non
  • Je suis perfectionniste
  • Je n’aime pas être seul
  • Je suis toujours en colère

Dans chaque situation, l’auteur propose des explications sur ce qui peut amener à ces comportements, présente un exemple de personne ayant ce type de pensée et les problématiques que cela occasionne dans sa vie avant de passer à des exercices concrets. Un quiz permettra de réaliser une évaluation du niveau de l’affirmation puis des questions invitent à rechercher des éléments particuliers liés à cette affirmation dans la petite enfance, l’adolescence et à l’âge adulte. La prise de conscience de ce qui a mené le cerveau à garder cette empreinte est un premier pas important. Des audios recensent une série d’exercices de reconnexion avec cette partie blessée de notre personnalité en lui apportant ce qui a pu lui manquer à l’époque. Le principe étant d’apaiser les émotions de notre enfant intérieur, en leur rendant leur légitimité et en les accueillant comme elles le réclament.L’auteur précise qu’il ne faut pas forcer le processus. Si certaines questions ou certains exercices semblent trop difficiles, il est conseillé de se faire accompagner par un thérapeute pour les mener à bien dans un environnement sécurisé et bienveillant.L’objectif est bien entendu de se départir de ces croyances ou ressentis et donc de s’aimer tel qu’on est, de se sentir apprécié, d’être serein, de savoir poser ses limites, de s’autoriser le droit à l’erreur, d’apprécier la solitude et de se sentir en paix. Qui pourrait bien le refuser ?!

Dans la tête de ma psy

Le métier de psy suscite de la méfiance. La psychiatre Sylvie Wievorka écrit ce livre pour donner accès à la façon dont un psy travaille, réfléchit et se pose certaines questions.

Alternant principes de la psychothérapie, exemples de patients et réflexions personnelles acquises après des années de pratiques, l’auteur offre un recul sur la pratique qui peut aussi bien intéresser les thérapeutes que les personnes qui se questionnent sur l’éventualité de suivre une thérapie.

Pour commencer, l’auteur se pose la question de l’efficacité des différents types de thérapie. Il est largement établit que n’importe quelle psychothérapie vaut mieux que rien du tout pour la prise en charge des souffrances psychiques.

Pour un psy, la nécessité de nouer une alliance thérapeutique, d’être convenablement formé à la technique que l’on utilise et de croire en son efficacité fait partie des fondements indiscutables de toute pratique. Le métier de psy est incarné, cela signifie que la personne qui le pratique compte au moins autant que la technique. Contrairement à ce que beaucoup pensent, le psy n’a pas pour rôle de guider la vie des patients. Chacun doit se sentir libre de faire ce qu’il veut et ce qu’il peut de sa vie. L’espace de la psychothérapie doit rester celui d’un travail sur les fantasmes, les sentiments, le discours, le ressenti des patients. C’est une sorte de laboratoire dans lequel le patient doit pouvoir tester en toute sécurité divers modes de fonctionnement et de relation afin de choisir librement celui qui lui conviendra le mieux. L’auteur a la conviction que seul un changement de rapport au monde peut permettre au patient d’aller mieux. Etre psychothérapeute implique de s’ouvrir à la construction du monde de ceux qu’on entend aider, non pour la considérer de haut et la rectifier, mais pour en comprendre la logique et en faire le point de départ du travail thérapeutique. Le doute est une attitude féconde. Il pousse à lire, à échanger, à comparer, à remettre en question sa façon de procéder. Il protège de la routine et de l’arrogance. En thérapie, comme dans la vie, il faut être attentif aux situations qui se répètent.

Pour être un psy convenable, il faut avoir fait un travail sur soi. Le principal outil de la psychothérapie, quelle que soit la technique utilisée, c’est le thérapeute. Il est difficile d’effectuer ce travail pour les autres sans avoir mis un minimum d’ordre dans son histoire personnelle et familiale. Ce travail ne confère aucune clairvoyance particulière dans la vie de tous les jours, mais il doit permettre de ne pas projeter brutalement sur le patient sa propre problématique et d’être disponible pour écouter l’autre. Pour aider un patient à souffrir moins, il faut travailler de telle sorte qu’il modifie son système de croyance et sa relation aux autres. C’est pourquoi accepter sans réserve une façon de se comporter problématique n’est pas une bonne idée. Et c’est parfois dès le premier entretien que tout se joue.

Suivre une psychothérapie fait encore peur, de nombreuses idées reçues servent de prétexte pour ne pas entamer de thérapie : je n’ai pas besoin d’aide, le psy va vouloir contrôler ma vie, les psys c’est pour les fous, ça ne sert à rien…

L’auteur explicite un certain nombre de vérités concernant le travail thérapeutique et son objectif. Tout d’abord, personne n’a la capacité de créer chez autrui des pensées et des comportements qui lui sont complètement étrangers. Les psys ne peuvent qu’accompagner et parfois amplifier des éléments dormants permettant ainsi le changement. Une thérapie réussie est une thérapie qui restaure les capacités d’autonomie du patient qui doit pouvoir concevoir sa vie sans son psy. Il y a une part d’imprévisibilité dans l’intervention psy, tout comme dans la réponse qu’apportera le patient. La personne qui refuse de voir un psy par peur de l’influence et du contrôle exprime qu’elle ne veut pas d’une relation par trop inégale, mais elle dit aussi sa crainte devant un éventuel changement.

Renoncer à souffrir n’est pas si simple qu’il y paraît…

 

Si les hommes pouvaient parler…

Le psychologue Alon Gratch partage son analyse des principales problématiques des hommes d’après son expérience de thérapeute.

Il présente sept clés que tout homme aurait intérêt à explorer pour mieux se comprendre et que toute femme pourrait découvrir pour mieux appréhender les relations avec ces êtres humains si semblables, au fonctionnement si différent !

Voici donc les sept clés de la psychologie masculine détaillées tout au long du livre à travers des explications claires et des exemples concrets.

La honte : Ce sentiment si désagréable touche les hommes qui peuvent avoir tendance à le fuir, à projeter leurs propres défauts sur les autres, à se défendre avec agressivité pour éviter de faire face à l’échec, aux erreurs, à un manque…

Le vide émotionnel : Les hommes ont tendance à tout intellectualiser et à se distancier de leurs sentiments. Ainsi, nombre d’entre eux semblent ne rien ressentir et pour réactiver leurs émotions, il sera nécessaire de partir à leur recherche.

Le sentiment d’insécurité : Les hommes se sentent obligés de paraître viril, de maintenir une image de masculinité indéfectible alors ils nient leur vulnérabilité. Pourtant cette pression finit par leur nuire, particulièrement dans la sphère personnelle. 

La préoccupation de soi : Le principal problème des personnalités narcissiques, c’est leur manque de préoccupation pour les autres. Il ne paraît pas évident de modifier ce comportement bien ancré, mais Alon Gratch voit trois phases afin de permettre d’apprendre à voir l’autre.  

L’agressivité : Ce moyen de défense sert à intimider, à dominer et d’après l’auteur, son activation reflèterait la peur très puissante, mais aussi le désir, que l’homme ressent à l’idée de se perdre dans une femme. Autrement dit, ce serait le signe d’une ambivalence entre le souhait d’être avec une femme et l’angoisse de perdre sa propre identité.

L’autodestruction : Certains hommes incapables d’être agressifs avec les autres vont retourner cette pulsion sur eux-mêmes avec un sentiment d’impuissance et de nullité qui les poussera à ne rien faire, à saboter leurs projets et à se morfondre de plus en plus…

L’expression sexuelle : Et ce serait donc par le sexe que les hommes exprimeraient les problématiques qui les touchent avec de nombreuses variantes : impuissance, infidélité, éjaculation précoce, addiction au porno…

Certains hommes accompagnés par Alon Gratch ont réussi à surmonter les problématiques qui les touchaient quand d’autres sont restés enlisés ou ont fuit la thérapie sans donner de nouvelles. Le livre présente ainsi des techniques d’accompagnement, des conseils pour les proches, des recommandations, autant d’éléments pouvant éclairer les personnalités masculines. Il n’est pas question ici de demander de s’adapter systématiquement aux hommes car chacun porte la responsabilité de ses problématiques, mais simplement de mieux appréhender certains travers afin de choisir comment y réagir.

Ainsi, comme le dit l’auteur, hommes comme femmes doivent s’employer à résoudre ou intégrer la fracture entre leur part masculine et leur part féminine afin d’entrer dans une relation équilibrée avec l’autre.